30/07/2012

Agence du Temps 5.1


Chapitre 5. Derniers détails

Du texte attribué au CERN:

    Genève, année 2249

Aujourd'hui, le ministre de la Culture russe demanda à parler au chef de l'Agence du Temps après avoir visité les installations officielles de l'Agence. Cette entrevue n'était pas programmée, mais il insista parce que, à ses dires, on ne lui avait pas tout montré. Il assura avoir été chargé d'un message spécial par le président Volponov. On transcrit ici ce qu'il dit et la réponse qu'il reçut, selon l'enregistrement de la conversation:

- Monsieur Benoit, j'ai demandé à visiter l'Agence et on m'a montré une suite de bureaux, mais on me nie l'accès à la Section Historique. On prétende même qu'une telle section n'existe pas. Cependant, le président Volponov m'a expliqué que la dite section -qui n'est effectivement connue que par peu de gens- est en condition de vérifier des faits du passé en envoyant des agents pour en être témoins ou même y intervenir. En ma condition de président de la Fondation Romanoff,je veux vous demander de m'envoyer à la Russie de 1917 pour organiser avec nos partisans les actions nécessaires pour éviter l'assassinat du tsar Nicolaï.
- Monsieur le ministre, je regrette beaucoup d'entendre cela. Je me verrai forcé de présenter une réclamation formelle au Conseil de Sécurité des Nations Unies. Votre président, en effet, a violé le Traité de l'Agence du Temps, connu seulement par les chefs d'états du G-20, qui les obligeait au secret absolu en relation à la Section Historique, justement pour éviter que se multiplient les demandes comme la vôtre.
- Mais si vous pouvez faire ce que m'a dit le président Volponov, il est de votre obligation d'empêcher les aberrations de l'Histoire, comme l'assassinat du tsar et de sa famille!
- Et qui va juger de ce qui est une aberration historique? Vous? Sans rien savoir des mathématiques historiques ni de physique quantique, vous croyez qu'il est possible d'intervenir et de changer le cours de l'Histoire?
- Allons! Si quelqu'un peut voyager dans le passé, il peut faire ce qui lui plait et aurait le devoir moral d'empêcher les crimes...
- Cela est effectivement ce que nous pensions lorsque nous avons créé l'Agence. Mais l'expérience et les calculs postérieurs ont démontré qu'il est impossible de changer le cours de l'Histoire. Seuls des faits sans importance peuvent être effacés ou provoqués, et des faits à peine un peu plus importants peuvent freiner ou accélérer un petit peu les choses. Quand nous le pouvons, nous tentons de réduire le nombre des victimes innocentes. Mais notre Protocole d'Intervention nous interdit de causer des dommages -pour des raisons éthiques- et les règles même du Temps rendent impossible la réalisation d'actions qui affectent le cours de l'Histoire. Pensez que, si cela était possible, il pourrait y avoir des effets tels que l'Agence pourrait ne pas arriver à exister, pas plus que vous, et donc, ces actions n'auraient pu se produire. L'Histoire se protège elle-même, monsieur Rostov. Vous ne pouvez éviter la mort du tsar!

  La dernière annotation du texte était de 2253:

Comme déjà signalé, Gilles de Rais ne revint pas à la date où nous l'attendions. Plusieurs mois ont passé depuis. Nous doutons qu'il revienne jamais. Il existe maintenant des indices de ce que l'Agence n'existera plus dans huit siècles. Ce fut peut-être réellement lui qui arriva trop tard lors de l'exécution de Jeanne d'Arc, comme l'histoire rend compte.

Depuis un an, en effet, tous les agents que nous avons envoyé à une distance de 400 ou 500 ans sont revenus après quelques minutes, quelle que soit la date projetée. Nous n'en comprenons pas la raison et ils ne peuvent pas l'expliquer: il perçoivent à peine le changement de lieu et reparaissent ici. Le dernier agent qui revint avec de l'information est celui qui a assisté à la bataille de Yorktown, en 1781.

Les ingénieurs ont tout vérifié à plusieurs reprise. Tout fonctionne normalement ici. L'explication pourrait être dans le futur. Comme le retour dépend de l'Agence future, peut-être ont-ils décidé de suspendre le projet. C'est la seule façon possible pour eux de nous en avertir, puisqu'ils ne peuvent pas donner d'informations à nos agents. Ainsi, nous ne pouvons explorer le Temps que jusqu'à la fin du XVIII° Siècle.

24/07/2012

Agence du Temps 4.4


Le document du CERN continuait:

    Le cas de Silicon Valley et Microsoft

Le "décollage" vertigineux de la firme d'informatique Microsoft, à la fin du XX° Siècle, restait un mystère pour beaucoup. Mais nous avions envoyé un agent pour enquêter sur le développement de Silicon Valley et pour donner un "coup de pouce" à la diffusion des ordinateurs personnels.
  
    "Silicon Valley désigne le pôle des industries de pointe situé dans la partie sud de la Région de la baie de San Francisco en Californie, sur la côte ouest aux États-Unis. Même si cette région n'est pas une vallée à proprement parler, l'expression désigne souvent par métonymie l'industrie des technologies de pointe en général. La ville de San José est la plus grande ville de Silicon Valley.
Le nom de Silicon Valley, forgé en 1971 par un journaliste local, Don Hoefler, fut inspiré par la concentration d'entreprises de semi-conducteurs et d'informatique dans la vallée de Santa Clara en Californie. ...
C'est là que s'est véritablement forgée l'image d'entreprises parties de rien (jeunes pousses, ou startups) souvent dans une résidence familiale (avec par exemple, le Garage Hewlett-Packard où a été lancé Hewlett Packard à Palo Alto, devenu un musée, symbole du rêve américain et monument historique) pour devenir des géants technologiques et industriels (comme Apple à Cupertino ou Sun Microsystems et Intel à Santa Clara)." (Wikipedia)

Comme programmé, notre agent pu se faire ami d'un ingénieur de Xerox et, un jour où ils parlaient du futur des ordinateurs autour d'une bière, lui dit qu'ils ne pourraient se massifier que s'ils représentaient des choses connues, comme le bureau où les gens travaillent. Il prit un serviette de papier et y traça un rectangle:
- Ça, c'est l'écran, et il pourrait représenter la superficie du bureau. Je mets dessus les fardes -il dessina d'autres rectangles- et, comme on ne peut voir ce qui est en-dessous, je mets aussi dessus le bac à papier, où on jette les brouillons et vieux papiers. A côté, ou au-dessus, nous pouvons mettre les feuilles des documents sur les lesquels nous travaillons.

Son ami de la Xerox, qui travaillait en Recherche et Développement, lui raconta un autre jour qu'il avait programmé un écran avec le dessin fait sur la serviette. L'agent lui demanda s'il pouvait le voir avec un ami. Il était aussi devenu ami du jeune Steve Jobs, qui commençait à fabriquer ses Apple II. C'est ainsi que les deux furent visiter Xerox, où Jobs vit la simulation du bureau. Il se jura alors que quand il disposerait d'une puce suffisemment puissante, tous ses ordinateurs utiliseraient ce typoe d'interface. Ainsi sont nés le Lisa -qui n'eut pas de succès à cause de son prix- puis les Macintosh, a partir de 1984.

    Note: Le Xerox PARC, en 1973, fut le premier ordinateur personnel et le premier à utiliser la métaphore du bureau et l'"interface graphique d'utilisateur", mais fut un prototype.

Pendant ce temps, en 1975, était née Micro-Soft -plus tard Microsoft-, fondée par Bill Gates et Paul Allen. Ils avaient acheté l'Altair 8800, un petit ordinateur fabriqué par la société MITS, pour lequel ils avaient pu acquérir le langage de programmation Basic. Postérieurement, ils achetèrent le sistème d'exploitation 86-DOS, qui fut la base du MS-DOS. Et, au lieu de vendre le produit, comme s'était l'habitude, inventèrent le système des licences d'utilisation, qui serait la base de leur enrichissement, grâce à un accord avec IBM pour que les ordinateurs personnels fonctionnent avec le MS-DOS et le Basic.

- Nous n'avons pas pu convaincre Steve Jobs de licencier le système d'exploitation du Macintosh. Ainsi, la domination de Microsoft avec son système DOS et ensuite Windows pour PC n'a pu être compensée. C'est dommage, car la popularisation de l'informatique aurait été beaucoup plus ample et rapide. Mais nous avonc pu pousser un peu le système d'interface graphique, auquel Bill Gates et Microsoft durent se rendre (c'est "Windows", fort inspiré du Macintosh). Comme nous le savons, l'histoire est ce qu'elle est et nous ne pouvons plus la changer à postériori. Notre principal bénéfice est de savoir les raisons et les détails de quelques faits, bien que dans des cas très particuliers nous pouvons accélérer un peu certains développements.
- Mais nous avons pu convaincre Bill gates de rester à Redmond. S'il avait déménagé à San José, il pourrait avoir freiné le développement de Silicon Valley et monopolisé toutes les iniciatives.
- S'il en aurait été ainsi, nous nous avons anoté un succès important. Mais nous serons les seuls à le savoir.
- Comme il correspond.
- En effet.
- L'agent de France n'a pas pu empêcher que Jeanne d'Arc soit brûlée.
- Le bête Gilles de Rais est arrivé trop tard et n'a pu voir que les cendres.(*)

   (*) On sait en effet que, durant les derniers jours de Jeanne, un compagnon d'armes de ce nom prépara une attaque contre le contingent de mercenaires, à Rouen, pour libérer la Pucelle. Mais il prit trop de retard et ne put rien faire.


- Je ne sais pas pourquoi nous avons autorisé ce projet: libérer Jeanne n'aurait rien changé.
- L'objectif initial n'était pas d'empêcher son sacrifice mais d'altérer le cours de procès pour l'acquitter. Et nous prétendions vérifier la possibilité d'intervenir pacifiquement dans une époque éloignée ainsi que le charactère "non-modificable" de l'histoire. En comparaison avec ce que nous avons obtenu au XX° Siècle, cela démontre que plus la mentalité scientifique est débile et plus réduite la technologie, plus il est difficile d'influencer les gens qui ont un rôle clé. Nous ne pouvons avoir de succès que lorsque l'Histoire montre que nous l'avons eu. C'est le seul paradoxe acceptable et cohérent malgré tout.
- Quelqu'un avait pensé qu'on pourrait convaincre l'évêque Cauchon de ce que Jeanne n'était pas une sorcière?
- Il fallait être là et le tenter pour vérifier scientifiquement cette hypothèse!
- Et au XX° Siècle, il n'y avait pas de gens aussi obtus?
- La même chose se serait passée avec Hitler et Jomeini! Mais au XX° Siècle, on pouvait intervenir d'une autre façon, comme on vient de le prouver avec Bill Gates et Tim Berners-Lee.
- Et le coup Tim Berners-Lee a été magnifique. Cela a avancé la World Wide Web d'une dizaine d'années ou plus selon nos calculs.
- Grâce, aussi, à ce que nous avons eu du succès avec Silicon Valley.
- Cela démontre aussi qu'il est important d'avoir des plans plus complexes.
- D'accord. Il faut travailler en fonction des règles du chaos historique.
- Et nous avons un autre succès: avoir conduit Savorinsky, à la fin du XXI° Siècle, à appliquer à l'Histoire la mathématique du chaos.

    [Note: la "théorie du chaos" s'exprime dans de nombreux aspects de la nature et on suppose déjà qu'elle pourrait s'appliquer à l'Histoire.]

- Mais l'accident de collisionneur qui démontra la factibilité du voyage dans le temps n'a pas été le produit de nos travaux. Il sera toujours un accident.
- En effet. Il y a bien des choses que nous ne pouvons changer. Il me semble que ce qu'on vient de résumer doit être classé dans deux catégories: quand il n'y a pas de succès et quand nous pouvons freiner ou accélérer ce qui est inévitable. Nous n'avons rien pu obtenir de plus, et je suis sûr que toute autre chose est impossible. Nous n'avons pas encore pu le démontrer mathématiquement, mais c'est logique: produire un changement radical aurait de tels effets que nous ne serions pas ici pour en parler.
- Ce principe logique a été visualisé d'emblée quand on a créé l'Agence et c'est la raison pour laquelle notre Protocole d'Action interdit des actions qui pourraient altérer le cours de l'Histoire. Peut-être que la libération de Jeanne d'Arc aurait causé une telle altération, et pour cela a été impossible. Il existe des forces que nous n'identifions pas encore et qui assurent la stabilité de l'Histoire.
- De ce fait, la Science du temps continue a être en développement et nous avons plus d'ingénieurs que d'agents-voyageurs.

17/07/2012

Agence du Temps 4.3


Le document poursuivait:

    Le cas Kennedy

Au début de 2244, nous avons ainsi envoyé un autre agent aux États-Unis de 1963, pour enquêter sur l'assassinat de John F. Kennedy, un cas qui s'était prêté pendant plusieurs années à de multiples théories explicatives sans arriver à une conclusion satisfaisante pour tous.

Kennedy fut assassiné le vendredi 22 novembre 1963 à Dallas, au Texas à 12h30 locales. Ceci est un résumé officiel des faits:

"Après que le cortège présidentiel eut traversé à vitesse réduite le centre de la ville et alors que la voiture présidentielle, décapotée, passait sur Dealey Plaza, John F. Kennedy fut mortellement blessé par des tirs d'arme à feu. Vers la fin du trajet, le cortège et la voiture du président Kennedy quittèrent Main Street et tournèrent à droite sur Houston Street. Après quelques dizaines de mètres, le véhicule présidentiel négocia un virage serré à gauche sur Elm Street, contournant ainsi Dealey Plaza.
À ce moment, Nellie Connaly, soulagée comme tous les occupants par l'accueil du cortège, fit remarquer au président qu’il ne pourrait pas dire que Dallas ne l’aimait pas.
La voiture qui avait fortement décéléré (environ 15 km/h) passa devant le dépôt de livres scolaires (« Texas School Book Depository » ou « TSBD »). Il était 12 h 30 et devant celle-ci, se profilait le pont de chemin de fer sous lequel passe Elm Street. Dans une des voitures de sécurité, un agent du Secret Service annonça dans un micro que dans quelques minutes le président serait au Trade Mart.
Soudain, un coup de feu retentit, qui évoqua pour beaucoup la pétarade d'un moteur. Même les agents du Secret Service restèrent tout d’abord interdits et réagirent seulement lorsque d’autres coups de feu claquèrent. En tout, selon la version officielle, trois coups de feu furent tirés.
Le président avait été touché. Beaucoup le virent se tasser légèrement sur son siège et porter les mains à la gorge : selon la version officielle une balle l’avait frappé dans le haut du dos et était ressortie par la gorge, mais certains estiment que la balle à la gorge a été tirée par devant et que c'est une autre balle qui l'a frappé au dos. Le gouverneur Connally, assis juste devant le président, a également été touché : une balle l'a frappé dans le dos à droite de la clavicule droite, a traversé le poumon et fracturé une côte en ressortant, son poignet droit a été transpercé (le radius fut fracturé) et la balle a terminé sa course en pénétrant superficiellement sa cuisse gauche. Selon les conclusions officielles de la commission Warren (en 1964) et du House Select Committee on Assassinations (en 1979), la même balle aurait traversé les deux hommes.
Il ne s'était passé que quelques secondes et c'est alors que les agents commencèrent à réagir. L'agent qui conduisait la voiture n'accéléra pas immédiatement, au contraire il se retourna, lâcha sans doute l'accélérateur ce qui fit ralentir la voiture (certains pensent que le chauffeur a même freiné).
Le gouverneur Connally s'écroula dans les bras de son épouse, tandis que Clint Hill, un des agents du Service Secret qui voyageait sur le marchepied gauche de la voiture qui suivait celle de Kennedy, se précipita vers le véhicule présidentiel. Quelques instants après, une balle atteignit le président à la tête, détruisant une bonne partie du cerveau (l'emplacement de la blessure à la tête est également sujet à controverse, voir ci-dessous). Les dégâts provoqués sont tels que du sang, des fragments d'os et de la matière cérébrale furent projetés jusqu'à plusieurs mètres de hauteur (des morceaux d'os furent retrouvés par des passants). Connally et son épouse, tassés sur les sièges avant, furent aspergés de sang et de particules.
Durant la scène, un tailleur nommé Abraham Zapruder avait l’œil rivé à sa caméra, il était tétanisé et filmait les évènements ; il produisait ainsi ce qui peut être considéré comme le film amateur le plus célèbre de tous les temps. Les images qu’il saisit du tir mortel alimentent encore les polémiques.
Selon les estimations, il s’est passé de l'ordre de 6 à 9 secondes entre le premier et le dernier coup de feu.
Jackie quitta la banquette et rampa à quatre pattes sur le coffre arrière de la voiture (il semble qu'elle ne se souvint plus de cet épisode par la suite). Le véhicule présidentiel accéléra au moment où Clint Hill l'atteignait, celui-ci grimpa sur le coffre arrière pour contraindre la première dame à rejoindre sa place.
Le cortège fonça vers l’hôpital Parkland. Le président respirait encore, mais il était déjà moribond. Le gouverneur, qui était gravement blessé au poumon, allait survivre et pouvoir témoigner. À l’hôpital, les médecins de la salle des urgences n° 1 tentèrent désespérément de sauver Kennedy, mais se rendirent rapidement compte de l’inutilité de leurs efforts qui durèrent malgré tout 20 minutes. Vers 13 heures, tout était fini, Kennedy fut déclaré mort." (Wikipedia)

L'agent du Temps revint deux ans plus tard, concluant qu'il n'y avait aucune preuve à l'appui des accusations qui furent formulées -avec plus ou moins de sérieux- contre Lyndon Johnson (le vice-président et successeur de Kennedy), Cuba, l’Union Soviétique, la mafia de Chicago, les anti-castristes, la CIA, le complexe militaro-industriel, l’extrême droite, les juifs, les Illuminati, les riches Texans du Sud, le FBI ou les gauchistes. Mais il a pu conclure que des informations ont effectivement été cachées par la CIA et le FBI et que le président Johnson a effectivement fait pression sur Earl Warren lors de la constitution de la commission que ce dernier a présidé pour éviter que les accusations se dirigent vers le monde communiste (ce qui aurait été dangereux dans le cadre de la Guerre Froide). Mais toute l'information qui a pu être réunie au sujet de Lee Oswald -qui tira depuis la librairie- jette de grands doutes sur la possibilité de ce que l'attaque ait été de sa seule iniciative. Par contre, les informations sur un éventuel second tireur installé à un autre endroit, n'ont aucune base sérieuse (les témoignages et enregistrements sonores ne coïncident pas avec les faits).

L'agent a conclu que le plus probable est effectivement qu'il y a eu conspiration et que Oswald a été "poussé" par des cerveaux qu'il est resté impossible d'identifier. Plusieurs pistes pointent vers la CIA, du fait que les années avant et pendant le mandat de Kennedy sont une des périodes durant laquelle la CIA a produit le plus de «coups tordus» et que l'agence était devenue particulièrement hostile au président depuis la tentative ratée d'intervention de la Baie des Cochons à Cuba. Cette opinion se base sur le fait que Allen Dulles, directeur de la CIA démis par Kennedy, fut membre de la commission Warren, chargée de dilucider officiellement les faits, auquel on peut ajouter les liens de la CIA avec la droite et le complexe militaro-industriel qui souhaitait l'extension du conflit vietnamien (contre l'opinion de Kennedy, qui voulait mettre fin au conflit). La commission Warren peut aussi avoir été pressionnée par John Edgar Hoover, directeur du FBI -dont on connait l'habitude du chantage-, ou en avoir reçu des information distorsionnées. Il est plus que clair que l'assassinat d'Oswald ne s'explique vraiment que dans cette perspective.

10/07/2012

Agence du Temps 4.2


Le document attribué au CERN poursuivait:

         6. Projets pour le XX° Siècle

N'ayant pas identifié, pour le moment, d'autres possibles acteurs-historiens du passé, on décida d'élaborer un plan pour envoyer des agents dans une époque plus proche. Il y eut de nombreuses propositions et l'on retint, entr'elles, pour le XX° Siècle, le cas de l'assassinat du président J-F.Kennedy en 1963, jamais totalement éclairci par les historiens, la naissance de Silicon Valley et des grandes entreprises de logiciels, et l'étrange naissance de la World Wide Web au sein du CERN lui-même. Ces trois cas furent exposés avec précision et furent fixés dans l'agenda. Un historien belge parla aussi d'un fait étrange de la fin de la II° Guerre Mondiale dans son pays, mais l'on manquait de détails pour savoir comment opérer et on le chargea de mieux étudier le cas pour pouvoir ensuite présenter un projet plus précis. On pensa passer ensuite su XIX° Siècle, pour explorer les grands avancements scientifiques et techniques de ce siècle, et passer ensuite au XVIII°.

Ce fut ainsi que nous avons envoyé cette année un premier agent, pour quelques semaines, au CERN de 1990 et, quand il revint, une fois évaluée l'expérience, aux États-Unis de 1963 puis en 1970. A un autre, nous l'avons envoyé en Belgique quelques décades plus tôt pour assurer la protection du roi Léopold durante la Seconde Guerre Mondiale.

Ce qui arriva au CERN en 1990 nous démontra que de petits progrès historiques provoqués par nos agents sont possibles. Nos historiens, en effet, nous avaient signalé ce qu'avait d'étrange la naissance de la World Wide Web au sein du CERN. Le Centre n'avait rien à voir avec le développement des réseaux informatiques ou des applications requises, sauf celles nécessaires pour le fonctionnement et contrôle de son propre équipement d'analyse des expériences de physique atomique. La web aurait dû naître aux États-Unis, où le concept d'hypertexte avait été inventé par Théodore Nelson en 1981, lui-même basé sur le concept de "memex" conçu par Vanevar Bush en 1945. A la fin de la décade de 1980, le réseau Bitnet y était développé et plusieurs programmeurs américains créaient un système nommé Gopher pour la transmission publique de textes, une espèce de web limitée au texte.

A ce moment, le CERN commençait à planifier un des projets scientifiques les plus ambitieux: le collisionneur de particules LHC. Et les physiciens participant à ce projet, tant du CERN comme de diverses universités de plusieurs pays, avaient un besoin urgent d'établir un système efficace pour partager l'information. La clé s'en trouva dans la proposition de Berners-Lee: l'hypertexte transmis sur réseau numérique, instrument génial qui nous permet de "cliquer" sur une information qui nous intéresse pour avancer dans une autre direction où nous pouvons trouver plus de données et d'autres liens pour continuer à "naviguer" et accéder à d'autres informations. Berners-Lee pensa d'abord appeler cela "maille d'information" ("infomation mesh") ou "mine d'information" ("mine of information"). Un an a dû passer pour qu'en 1990 il lui donna le nom de World Wide Web (WWW). Il semble clair que Berners-Lee ne connaissait pas le projet Gopher, mais utilisait déjà le réseau numérique pour communiquer avec ses collègues, connaissant donc ses limitations et son potentiel. Mais qu'est-ce qui le poussa à penser à l'hypertexte? Comment sut-il de l'idée de Théodore Nelson, que personne -jusqu'alors- n'avait exploitée? Et pourquoi chercha-t'il un programmeur belge pour créer le lenguage spécial requis pour produire et transmettre les hypertextes? Nous avons donc envoyé un de nos ingénieurs à l'année 1989, pour rencontrer Berners-Lee.

Selon ce qu'il nous raconta au retour, il lui avait demandé s'il connaissait Théodore Nelson, obtenant une réponse négative. Berners-Lee lui demanda alors qui c'était et l'agent, sans y penser, lui parla de l'hypertexte. Ainsi, l'invention de la WWW fut le résultat d'un paradoxe du voyage dans le temps: le futur conformant le passé.

A la fin de l'année, après le retour de cet agent, nous l'avons envoyé aux États-unis de 1970. C'est le projet de plus longue haleine, car il devrait prendre dix ans, pour étudier l'essort de l'industrie des ordinateurs, jusqu'à la naissances des PC. Il nous faudra donc attendre autant d'années pour avoir son rapport.

03/07/2012

Agence du Temps 4.1


Chapitre 4. Voyages dans le temps

Le détective reprit sa lecture, se demandant de nouveau si ce qu'il lisait était un roman inventé par Gossin.

Décembre 2242

D'accord avec la proposition contenue dans le projet de Section Historique approuvé initialement, on contacta l'historien Gilles de Rais et on lui expliqua le projet. Il s'enthousiasma au point de ne pas douter de s'embarquer malgré qu'on l'avertit de ce que, à cette distance, on ne pouvait lui assurer le retour. Personne, en effet, ne pouvait jurer que le CERN ou l'Agence du temps existerait encore au XXXI° Siècle, pour assurer son retour. Il avait étudié les aventures de son possible ancêtre ainsi que l'histoire et le mode de vie de l'époque. On lui confectionna donc une tenue en accord avec cette époque, on calibra le collisioneur et on l'envoya à l'année 1430, l'année antérieure à l'exécution de Jeanne d'Arc, pour qu'il aie le temps de s'insérer, chercher un éventuel parent et étudier la meilleure façon d'intervenir, si c'était possible.

Après plusieurs années d'opérations de voyages dans le temps, de Rais n'était pas revenu et l'on fut sûr qu'il ne reviendrait point. De fait, l'Histoire rapporte que Gilles de Rais, après avoir raté sa tentative de sauvetage, était devenu fou et se transforma en un bandit redouté. Sans doute la folie aura-t'elle été le résultat de ne pouvoir revenir à son siècle originel.

*
Ici, Trompel, qui lisait ces extraits, se souvint de l'épisode des "Courbes du Temps" qui racontait exactement comment l'agent Gilles de Rais avait voyagé dans le passé mais était arrivé trop tard pour sauver la Pucelle. Mais, dans la série télévisée, il retournait à l'Agence du Temps et se défendait en disant qu'il s'était retardé parce qu'on ne lui avait pas permis d'emporter sa montre.

*
Une fois parti Gilles de Rais, on prit contact avec un second candidat, Gidéon Sauvenier, mais il fut plus difficile de le convaincre. Il était fort intéressé par la bataille de Yorktown parce qu l'histoire incluait le mystère de l'avis qui permit à La Fayette de savoir que Lord Cornwallis avait pris position à Yorktown, alors qu'on pensait qu'il était encore dans les colonies du sud. Et aussi, il était intrigué du fait qu'on ne savait rien de son ancêtre après la bataille, malgré qu'on était sûr qu'il n'était pas entre les victimes.

Ainsi, il finit par partir vers l'Amérique de 1780, dans l'armée de La Fayette. En décembre de 2251, il revint de son expérience dans le passé.

*
Venait ensuite une transcription faite par Sauvenier, qui correspondait exactement au premier épisode de la série de télévision que Trompel avait vu sur RTBF.