29/12/2009

L'héritage 6.2.


A la fin de la messe de funérailles, plusieurs personnes rendirent hommage à l'abbé Lefranc: l'abbé Bochout lui-même raconta comment il était arrivé au Chili et dans quelles paroisses il avait oeuvré. Il expliqua aussi comment le détective belge l'avait retrouvé y avait été lui-même arrêté en Bolivie. Un membre du conseil paroissial de San Gregorio rendit compte des succès de son ancien curé et rappela que, lamentablement, le prêtre avait décidé de partir suite à une fausse accusation que les tribunaux avaient descartée, rétablissant sa bonne réputation.

A la fin du service, un des assistants s'approcha de Trompel.
- Je m'appelle Gaspar Bagá et je suis journaliste de La Tercera. J'ai été un grand ami du Padre Guido. Vous devez être le détective qui a trouvé son corps, n'est-ce pas?
- En effet.
- J'en étais sûr, car vous avez une tête de "gringo", comme on dit ici. cela vous ennuierait-il de me raconter un peu ce qui s'est passé à La Paz? Moi-même, je pourrais vous donner quelques détails méconnus sur ce qui s'est passé ici et a motivé le départ de notre curé, si vous le désirez.
- J'aimerai en effet en savoir plus, surtout si cela peut m'aider -à moi-même, à la police et à sa famille- à comprendre ce qui est arrivé en Bolivie.
- Je pense qu'il pourrait bien en être ainsi en unissant les deux histoires. J'ai une voiture: vous pourriez me raconter la vôtre pendant que je vous conduit quelque part. Peut-être à votre hôtel?
- D'accord. Au San Cristobal.

Une fois dans l'auto, le belge raconta les détails de son aventure bolivienne. Il termina en expliquant ce qu'il avait appris la veille de l'inspecteur Gutiérrez. Ils arrivèrent à l'hôtel et le journaliste l'invita à prendre une boisson au bar, passant alors à raconter ce que lui savait des événements à Santiago.

- Comme vous le savez, l'abbé fut accusé par la secrétaire paroissiale de persécution sexuelle, accusation qui fut réduite à néant au cours du procès. La secrétaire fut alors accusée de faux témoignage et condamnée à six mois de prison qui furent remis car l'on put établir qu'elle avait agit sous les menaces de son mari, lequel -à son tour- fut condamné pour violence intra-familiale. Ce qui ne transcendat pas, c'est que cet homme faisait office de courrier pour les petits narco-trafiquants du quartier et que, d'une certaine façon, il sut que l'abbé avait entendu en confession un traficant connu. Celui-çi, repenti et probablement à instance de notre curé, avait collaboré plus tard avec l'OS7, la brigade spéciale anti-drogue des carabiniers, notre police uniformée.
Bien que ce n'était pas le cas, les autres trafiquants pensèrent que Lefranc avait trahi le secret de confession, et c'est pour cela que le mari de la secrétaire l'obligea à accuser le prêtre, pour qu'il perde son prestige et soit obligé à se taire. Tout cela, j'ai pu le déduire parce qu'avant le procès, le Padre Guido m'avait dit qu'il avait reçu une forte somme d'argent d'un délinquant repenti et considérait qu'il devait rendre compte à la police de ce cadeau, pour éviter des ennuis futurs, mais sans révéler le nom de son bienfaiteur ni d'autres détails. Avec ce qui fut dit au cours du procès et l'information publique sur les arrestations des carabiniers, il m'a été facile d'établir la relation et reconstruire la suite faits. Et avec ce que vous venes de me dire, la chose est encore plus claire. Le procès de l'abbé ne donna pas l'effet espéré mais obtint son départ. Il commit l'erreur de s'arrêter en Bolivie et de parler de son trajet avec plusieurs personnes avant de partir. Les trafiquants d'ici furent mis au courant de ses projets touristiques et transmirent cette information à leurs contacts boliviens, qui décidèrent de l'eliminer définitivement, de peur, sans doute, qu'il n'y parle aussi avec la police, comme ils croyaient qu'il avait fait ici. Cela aurait pu être très dangereux pour eux.
- Je suis d'accord. Tout semble se combiner au mieux de cette façon. Je vous remercie pour cette information, au nom des parents du défunt, qui avaient déjà été fort surpris par l'accusation contre lui, étaient fort peinés par sa décision de rentrer en Belgique et ne comprenaient rien à la demande de rançon. Bien sûr, ils ont encore plus peine mainnetant, suite à sa mort. Mais ce que vous m'avez dit les aidera à comprendre, sans nul doute. Nous sommes une fois de plus, d'une certaine façon, face à un nouveau cas de victime du secret de la confession.



¡ Bonne Année !

22/12/2009

L'héritage 6.1.

Chapitre 6


Le jour suivant, à midi, Trompel aterrissait de nouveau à Santiago. Il prit de nouveau le mini-bus de Transfer jusqu'à l'hôtel San Cristobal. L'hôtel était cher, mais il n'avait pas envie d'en chercher un autre. De plus, tous ses frais seraient remboursés. Après s'être de nouveau enregistré et une fois dans sa chambre, il téléphona à l'abbé Bochout pour lui donner les mauvaises nouvelles. Celui-çi en fut très affecté et lui dit qu'il organiserait le jour suivant à sa paroisse une messe pour le repos éternel de son confrère. Il inviterait tous les anciens amis et paroissiens de Lefranc, à une messe de midi.

Le détective appela ensuite l'inspecteur Figueroa qui, lorsqu'il entendit le nom de son correspondant, ne le laissa pas parler.- Vous êtes arrivé! Et maintenant vous êtes fameux ici! -lui dit-il-. Cardoso m'a raconté vos aventures à La Paz et votre expérience à El Alto. Et comment votre séquestre a permis de découvrir le responsable de l'assassinat de l'abbé Lefranc et de nous donner des pistes au sujet du trafic entre le Sentier du Soleil et les trafiquants chiliens. Cela ne correspond pas à mon département, mais mon collègue Fernando Gutiérrez, de la brigade des narcotiques, est très heureux et voudrait vous parler pour obtenir plus de détails. Je vais l'avertir de votre arrivée. Vous êtes toujours logé au San Cristobal?

Trompel confirma où il était et lui dit qu'il était à sa disposition. Il lui parla aussi de la messe qui serait dite pour l'abbé défunt et qu'il espérait pouvoir alors parler davantage avec l'abbé Bouchout. Ensuite ils se saluèrent et coupèrent la communication.

Le belge n'avait encore une fois plus rien à faire -croyait-il- et, après avoir déjeuné à l'hôtel, s'en fut se promener au Parc Métropolitain qui montait depuis l'hôtel vers le mont Saint Cristophe, qui domine la ville. Au retour, on lui passa un message de l'inspecteur Gutiérrez qui le priait de le recevoir le lendemain à neuf heures du matin.

Le soir venu, il reçut un appel de Bochout qui l'avertir de ce que la messe aurait lieu à la paroisse de San Gregorio, où l'abbé Lefranc avait exercé son ministère, et non pas à San Cayetano, et lui indica comment arriver là-bas.

A l'heure convenue, le lendemain, le détective Gutiérrez se présenta à l'hôtel. Il demanda d'abord à Trompel de lui raconter comment il était arrivé à La Paz et ce qui s'y était passé.- Je ne savais pas que vous suiviez les traces de l'abbé Lefranc -lui dit alors le policier-. Cela n'apparait pas dans le rapport que nous avons reçu. On nous a informé seulement que vous aviez été séquestré puis libéré, mais que grâce à se séquestre on avait pu arrêter plusieurs policiers corrompus qui révélèrent des pistes sur le trafic de drogue entre le Sentier du Soleil et les narcos chiliens. Ce que vous me dites maintenant jette de nouvelles lumières sur le cas Lefranc. Je ne peux pas vous donner tous les détails, mais il existait plusieurs pistes douteuses que nous pourrons mieux explorer maintenant. A ce que m'a dit Figueroa, quelques-uns de nos hommes seraient compromis et seront interrogés aujourd'hui même par notre unité de sécurité interne. Là, tout devrait s'éclairer. Nous vous en remerçions beaucoup.

De cette façon, la mauvaise expérience vécue en Bolivie mettait Trompel en excelntes relations avec la police civile chilienne.

15/12/2009

L'héritage 5.5.

Quand la nuit tomba, un autre homme s'approcha de la grille. Celui-çi portait un uniforme, mais el détective ne put savoir s'il était policier ou militaire.- Alors, voici le gringo qui veut offrir une rançon pour le curé beau-parleur. Salut, petit gringo! Tu apportes de l'argent? Maintenant, c'est toi qui en auras besoin, si tu veux sortir d'ici. Et si on te le permet.

Trompel dut passer la nuit couché sur le sol, sans avoir mangé et tremblant de froid. Au matin, on lui lança un morceau de pain et on lui mit un verre d'eau par terre. Pour ses besoins, il découvrit un trou dans un coin. L'odeur qui en sortait lui en confirma l'usuage.

Pour passer son temps, il se rappela une fois de plus tout ce qu'il avait fait depuis l'appel de Lefranc. On ne lui donna pas à manger et personne ne parla plus avec lui durant toute la journée. Le soir venu, on lui lança de nouveau un morceau de pain et on lui mit un verre d'eau.

Il était près de minuit lorsqu'il entendit des cris et le martèlement d'armes automatiques au dehors de sa prison, suivis d'autres cris et de courses dans le bâtiment. Il semblait qu'il y avait un combat furieux. Le bruit se prolongea plus d'une demi-heure. Puis le silence revint enfin. Un peu plus tard, il entendit des pas qui se rapprochaient, dans le couloir des cellules. Quand ils s'arrêtèrent devant sa grille, un militaire en tenue de camouflage lui demanda qui il était. Il lui donna son nom et sa nationalité, expliquant qu'il avait été séquestré à La Paz.
- Ayez un peu de patience -lui dit-on-, nous allons le confirmer. Si tout est correct, vous pourrez sortir d'ici dans moins de deux heures.- Que c'est-il passé? -demanda-t'il. Mais on ne lui répondit pas. Le militaire était parté et parlait avec un autre détenu.

Deux heures plus tard, on le faisait sortir de la prison et une jeep militaire l'emmenait à son hôtel. En sortant, un officier lui présenta les excuses des autorités et lui expliqua que l'armée vait repris d'assaut le village et abattu la plupart des rebelles. Il demanda si l'on avait trouvé Tupac Inti.- Nous ne savons pas qui c'est. Ce n'est pas son vrai nom. Le plus probable est qu'il n'ait pas été ici. Il glisse mieux qu'un poisson.- lui répondit le militaire.

Dans les rues d'El Alto, il vit de nombreux morts et des maisons en flammes. Mais à La Paz, tout était tranquille. Après avoir pris une douche, il passa enfin une nuit réparatrice dans un vrai lit et ne sut rien des bruits des autres chambres. Le matin suivant, il se dirigea au bureau de l'inspecteur Cardoso et lui raconta ce qui lui était arrivé.

- J'ai été mis au courant de votre séquestre -lui dit celui-çi-. Nous avons un de nos hommes infiltré dans la police d'El Alto pliée au mouvement guerrillero et il m'a averti. Il entendit ce que le sous-préfet vous a dit et aussi qu'il se vantait, devant ses compagnons, d'avoir liquidé "le curé gringo qui avait été un informant de la police chilienne" pour venger ses compagnons de Santiago qui avaient été arrêtés. Cet homme est maintenant dans notre prison ici et nous le cuisinons. Il lui faudra nous dire aussi comment il a su de votre arrivée et comment il a organisé le séquestre. Et ses complices seront arrêtés. Avec de la chance, nous découvrirons ses liens avec les trafiquants et ses éventuels contacts avec la police chilienne.
- Je me demande comment ils ont pu me connaître et être au courant de ma relation avec Lefranc. Vous croyez que des policiers chiliens peuvent être impliqués? Là-bas, ils m'ont dit que la corruption policière était extrêmement rare.
- Ils se sont probablement informés ici, peut-être en interceptant vos communications téléphoniques. Ne vous en faites pas: tôt ou tard, je le saurai et vous nettoyerons le service de ces mauvais éléments. Mais, comme vous vous en êtes rendu compte, je ne peux me rendre responsable de votre sécurité. Il vaudra mieux que vous quittiez le pays au plus tôt. Que faisons-nous avec le corps de l'abbé Lefranc?
- J'ai parlé avec son père et il était très affecté. Il me demanda quelques heures pour y penser, mais je n'ai pas eu l'occasion de l'appeler de nouveau.
- Voulez-vous le faire d'ici? Sera-ce une heure adéquate en Belgique?- Ce serait parfait. Là-bas, il doit être trois heures de l'après-midi. Antoine Lefranc doit être à son bureau.

Trompel dicta le numéro et Cardoso lui passa le combiné. Il y eut un bref dialogue, Trompel s'excusant d'abord pour son retard "du à des raisons indépendantes de sa volonté" -il ne voulut pas entrer dans les détails pour ne pas créer plus de confusion à son client- et, finalement, il rendit l'appareil au policier bolivien.
- Il m'a dit de faire la crémation et d'envoyer ses cendres à Bruxelles. Et il m'a autorisé à payer ce qui soit nécessaire.
- Je cois pouvoir obtenir qu'on le fasse aujourd'hui même. Ainsi, vous pourriez emporter ses cendres si vous partez demain. Je vous enverrai l'urne et le permis de sortie à votre hôtel. N'en sortez plus. Personne n'osera vous attaquer à l'intérieur. Et demain matin, une auto-patrouille vous mènera à l'aéroport. De quelle compagnie est votre billet?
- De LACSO.
- D'accord. Je m'assurerai aussi qu'on vous embarque même si le vol est complet. Et je vous prie de nous excuser pour cette mauvaise expérience. J'espère que vous pourrez revenir dans de meilleures circonstances!
- Je ne peux pas dire que la perspective soit agréable. L'altitude, de plus, ne facilite pas le tourisme.
- C'est vrai. Mais vous ètes jeune et si vous n'êtes pas malade du coeur, vous vous aclimateriez très rapidement. Enfin, il est clair que ce n'est pas le moment! Bon voyage de retour, et je regrette une fois de plus ce qui s'est passé! Assurez monsieur Lefranc que l'assassin de son fils recevra la peine la plus dure. Maintenant, un de mes hommes va vous reconduire à votre hôtel et le même vous conduira à l'aéroport demain. Ne vous fiez de personne d'autre!
- Merci pour tout et au revoir!

Une voiture-patrouille conduisit Trompel de retour à l'hôtel. Sans rien à faire, il prit les journaux du jour et se mit à lire le long reportage sur les événements de la nuit antérieure. Il sut ainsi que les unités de l'armée qui avaient attaqué El Alto étaient composées exclusivement d'aymaras, traditionnellement en lutte avec les quichuas auxqueles appartenaient les guerrileros. Cela avait évité que ceux qui controlaient le village soient mis aucourant de l'action militaire et avait permis de les surprendre et de pénétrer rapidements leurs défenses. Les quichuas étaient les descendants des incas alors que les aymaras étaient une population beaucoup plus ancienne qui avait été asservie par les incas et cultivait toujours leur ressentiment contre les dominateurs, tout comme les quichuas le cultivaient contre les descendants des espagnols.

La narco-guérilla était constituée en majorité de quichuas qui voulaient reconstituer l'ancien empire inca des sommets des Andes. Le Sentier du Soleil bolivien avait des liens étroits avec la Sentier Lumineux maoïste du Pérou et celui-çi, à son tour, avec les FARC de Colombie, tous se finançant grâce au trafic de drogue basé sur la culture de la feuille de coca, une tradition indigène immémoriale pour son usage médicinal et religieux sous forme d'infusion ou de feuille mâchée. Mais quelqu'un avait découvert un moyen chimique pour en extraire son principe actif et en multiplier l'effet, avec des conséquences désastreuses pour la santé et la formation d'un commerce tout aussi lucratif qu'illégal.

08/12/2009

L'héritage 5.4.

Après la conversation téléphonique avec Lefranc, Trompel passa boire une bière au bar Daikiri de l'avenue du Prado. Il buvait à la barre, quand entrèrent deux agents de police.. Ils se mirent à demander les documentos d'identité à tous les clients, en commençant par ceux qui étaient les plus proches de la porte. Quand ils arrivèrent à la barre, Trompel leur montra son passeport de la Communauté Européenne. Ils le regardèrent page par page.

- Un gringo! [terme despectif] -dit l'un d'eux.
- Que venez-vous faire ici, petit gringo? -dit l'autre.- Nous n'aimons pas les gens qui viennent du Chili. Ils nous ont volé la mer et ça, nous ne l'oublions pas.
- Vos problèmes avec le Chili ne m'intéressent pas. Je fais du tourisme. Je voudrais connaître les ruines de Tiwanaku -répondit Trompel, faisant fort attention à pronocer le nom de cet endroit à la manière bolivienne.
- Tiwanaku! Tiens! Vous êtes peut-être archéologue?
- Pas du tout. Mais je m'intéresse pour le passé.
- Eh bien, nous sommes fiers de notre passé. Et nous allons nous assurer de mieux vous le faire connaître. Accompagnez-nous!
- Pourquoi? Et où?
- Vous le verrez bien. En route!

Et ils le conduisèrent dehors. Au bord du trottoir était stationnée une auto avec le moteur en marche et les portes ouvertes du côté droit. Deux hommes en civil, armés, regardaient la porte du bar.

- Le gringo veut connaître Tiwanaku -dit l'un des agents, le poussant hors du bar et leur faisant un signe.
Les civils prirent alors Trompel par les bras et l'obligèrent à monter dans la voiture qui parti à toute allure vers le haut de la ville. Le belge vit qu'ils prenaient la route qui allait vers l'aéroport. Allait-on le déporter? Bien qu'il savait que c'était aussi la route à Tiahuanaco, il ne pensait pas que les hommes armés l'emmenaient faire une visite guidée du site.

Ils n'allèrent ni vers l'aéroport ni vers les ruines. Ils arrivèrent au village de El Alto. Il y avait une barricade à l'entrée de la rue et des sentinelles qui les arrêtèrent. Il y eut un échange dans une langue que Trompel ne comprenait pas, probablement du quechua, puis l'auto continua jusqu'à s'arrêter devant le poste de police. Il était donc aux mains des rebelles du Sentier du Soleil qui avaient pris d'assaut la petite ville. Sans lui dire un mot, on le fit enrer et, au fond des installations, on l'enferma dans une cellule. Elle n'avait pas plus de deux mètres sur deux, était fermée par une grande grille et était totalement vide.

Après avoir attendu quelque temps debout, il opta pour s'assoir par terre. Il entendait constamment des bruits de pas. Le temps passa lentement. Il finit par s'ennuyer et se mit à crier:
- Je suis belge. Je veux parler à Tupas Inti. Je viens négocier le paiement d'une rançon.

Il le répéta plusieurs fois, jusqu'à ce qu'un homme vêtu d'un poncho à la façon indigène et armé d'une mitraillette s'approcha de la grille.
- Tu veux donc parler à Tupac Inti! Qui crois-tu que tu es? Personne ne parle avec lui! C'est notre chef, mais nous ne l'avons jamais vu. Pourquoi le verrais-tu, toi?
- Il a demandé de l'argent pour libérer l'abbé Guido Lefranc. Je viens de la part de son père pour discuter ce paiement.
- Pourquoi devrais-je te croire? Les affaires d'Inti sont ces affaires, pas les nôtres. Je ne sais pas qui est ce curé. Je n'ai jamais entendu parler de lui.
- Pourquoi me retenez-vous ici? Je suis entré légalement dans ce pays et je n'ai commis aucun délit.
- Mais tu sais de choses de Tupac Inti. Et tu l'accuses. Tu n'est pas un ami. Tu es venu nous espionner et nous t'avons trouvé à La Paz. Nous n'aimons pas les espions gringos. Tu auras sous peu ta récompense.

Et l'homme s'en fut, laissant Trompel encore plus inquiet qu'avent.

01/12/2009

L'héritage 5.3.

Le matin suivant, Trompel alla à l'adresse que lui avait donné l'abbé Bochout: une petite coopérative dirigée par des volontaires belges à La Paz. Elle était dans la mème rue Ballivian, à une quinzaines de pâtés de maisons. Comme la rue descendait en pente douce, il y fut à pied. Il trouva là un petit magasin d'artisanat dirigé par une femme. Il se présenta de la par de l'abbé Bochout et la vendeuse -qui administrait en réalité le local- lui répondit en français. Trompel lui expliqua qu'il cherchait Guy Lefranc, que celui-çi avait quit´´e Santiago pour La Paz mais avait disparu et qu'on demandait pour lui une rançon, ce qui faisait penser à un séquestre. Elle se montra très surprise. Guy les avait effectivement visités et avait logé avec l'abbé Verhelst, aumônier de la coopérative, mais était partit pour Cuzco, d'où il devait poursuivre son voyage.

Le détective insista, demandant si elle n'avait rien observé d'étrange durant le séjour de l'abbé Lefranc. Elle se rappela alors que, un jour que l'abbé était dans ce même local, duex inconnus l'avaient abordés et ils avaient longuement parlé. Ils n'avient pas regardé les produits mais avaient abodré tout de suite le prêtre. Comme elle allait et venait, servant les clients qui entraient et sortaient, elle n'avait pas entendu grand'chose. Mais elle était tout près quend ils entrèrent et avait pensé à les servir. Ils s'étaient alosr adressés à Lefranc et elle avait entendu que l'un deux lui avait dit qu'il était chilien et qu'il l'avait connu à Santiago. Par après, il lui avait semblé qu'il y avait une petite discussion et que l'abbé niait plusieurs fois de la tête. Quand les hommes sortirent, l'un d'eux avait lancé que "Nous nous reverrons bientôt". Elle demand à son compatriote s'il avait des difficultés, mais il répondit que c'étaient des sans-vergogne qui voulaient "l'arranger". C'était tout et cela ne lui avait pas semblé important. Elle pourrait donner une description très aproximative des deux hommes, mais pas assez précise pour un portrait-robot, ne les ayant pas pu bien les examiner du fait qu'elle avait eu d'autres clients.

Trompel retourna lentement, à pied, à son hôtel, pensant à cette rencontre. Lefranc avait donc été abordé par des hommes qui étaient au courant de son voyage et qui avaient pu le trouver. Et ils l'avaient sans aucun doute menacé. Mais il semblerait qu'il n'y avait pas attribué d'importance et il avait, sans doute, été intercepté durant son trajet vers la frontière péruvienne ou durant sa visite à Tiahuanaco. Il serait nécessaire de vérifier s'il était ou non sorti de Bolivie. Le moment était venu de contacter le policier local qui lui avait été recommendé.

A l'hôtel, il s'informa de l'adresse du quartier général de la police puis trouva un taxi qui allait dans cette direction y l'y déposa. Il demanda à parler à l'inspecteur-chef Julio Cardoso, du Cinquième Département, comme le lui avait recommendé à Santiago le comissaire Figueroa. On lui demanda son passeport et on demanda qui l'envoyait. Lorsqu'il eut donné le nom du policier chilien, le réceptionniste téléphona puis lui indiqua de monter au troisième étage, où on l'attendrait. Il n'y avait pas d'ascenseur. Après une montée laborieuse, il arriva en soufflant à l'étage indiqué. Impossible d'oublier l'altitude de La Paz! Il y avait un bureau sur le palier et on lui demanda de nouveau son passeport. Ensuite on lui dit de frapper à la troisième porte à gauche après la division qui coupait le couloir. Il avança lentement, tentant de reprendre haleine. En arrivant à la porte indiquée, celle-çi s'ouvrit et un homme âgé, maigre et sec, se présenta et le fit entrer.

- Je suis l'inspecteur Cardoso. Ainsi que vous êtes envoyé par mon bom ami Figueroa, de Santiago. Comment va l'homme? Toujours dédié à l'art?
- Il va bien et continue à poursuivre el voleurs et falsificateurs.
- Et que puis-je faire pour vous? Pouquoi vous envoie-t'il ici? Vous êtes belge. En quoi pouvez-vous avoir besoin des services de la police d'un pays si lointain du vôtre?

Trompel lui parla alors de l'enquête qui lui avait été confiée par le père du disparu et de ce qu'il avait appris à Bruxelles, à Santiago et, maintenant, à La Paz. Et aussi du conseil de Figueroa de ne pas s'adresser à la police bolivienne sinon au travers de Cardoso. 

- Figueroa a pleinement raison. Nos hommes de service dans les rues ne sont pas très confiables, mais ils se limitent normalement à de petits pourboires. Avec les inspecteurs et détectives, la chose est plus complexe. Plusieurs sont impliqués dans le trafic de drogue et mon travail ici est justement de les découvrir. Mais il y a plus grave, ces jours-çi. Vous aurez su que la guérilla du Sentier du Soleil a occupé le village de El Alto. C'est un mouvement indigéniste qui cherche le rétablissement du Tiwantinsuyo, l'ancien empire inca, qui devrait passer aux moins des indiens quechuas. La prise de El Alto n'aurait pas été possible sans l'appui d'une majorité des policiers de cette localité, ce qui est très compliqué pour nous. Nous ne savons pas combien de nos hommes, ici à La Paz et dans le reste du pays, sympatisent our sont même membres du Sentier du Soleil. Si celui qui réclame la rançon pour l'abbé Lefranc signe Tupac Inti, il est clair qu'il est ou a été prisonnier du Sentier.

- A été? Il pourrait ne plus être en leur pouvoir malgré que la rançon n'a pas encore été payée?
- Malheureusement, c'est possible. Il y a eu plus d'un séquestre ou, malgré le paiement, la victime est apparue morte ou n'est jamais reparue. Je m'imagine que vous désirez savoir si je peux vous aider?
- En effet, c'est bien le but de ma visite.
- Vous ne m'avez pas donné beaucoup de pistes, mais tout fait penser que cette personne a été poursuivie par des narcotrafiquants. Le lien avec la guérilla n'a rien de surprenant. Le Sentier se finance avec la vente des feuilles de coca, qui est une culture traditionnelle des quechuas. Je pourrais vous mettre en contact avec un détective confiable de la brigade anti-narcotiques. Mais ils sont surchargés de travail. Avant, cependant, il convient de faire autre chose: nous assurer de ce qu'on ne l'a pas encore retrouvé. Comme je vous l'ai dit, les criminels n'attendent pas toujours que la rançon soit payée. Et si elle doit venir de l'étranger, ils attendent encore moins qu'on vienne enquêter ici. Je vais donc envoyer un ordre aux morgues des différentes provinces pour qu'ils nous avertissent s'ils ont quelqu'un qui répond à sa description. Vous avez peut-être une photo et ses empreintes digitales?
- je peux vous donner sa photo: j'en ai reçu plusieurs dans ce but. Mais le Registre Civil belge ne prend pas les empreintes et on ne les mets pas sur les documents d'identité, ce qui fait qu'il m'est impossible de vous les donner. 
- Espérons donc que la photo soit suffisante. Y que nous ne trouvions personne, bien entendu!
- Quand aurez-vous des nouvelles?
- Je demanderai l'urgence maximale. Ainsi, je pourrais vous donner une réponse demain dans la journnée. Pour ne pas perdre de temps, j'avertirai aussi les collègues confiables de la brigade de narcotiques et ceux qui sont chargés du Sentier. Nous avons là quelques infiltrés qui pourraient nous être utiles. A quel hôtel êtes-vous descendu?
- Au Ballivian.
- Pas très fameux, n'est-ce pas?
- Non, mais à l'Intercontinental, ils ont dit ne rien savoir de ma réservation et il était complet.
- Une chose fréquente ici! Ils voulaient sûrement un pourboire.
- Même cela ne servit à rien.
- Pas de chance, alors. Je le regrette. Restez près de votre hôtel demain. Je vous y téléphonerai lorsque j'aurai les réponses.
- D'accord et grand merci. Réellement, je n'espèrais pas une réponse aussi favorable et rapide.
- Pour que vous voyez que tout ne fonctionne pas mal ici! A demain!

Le jour suivant, Trompel se sentit obligé de rester à l'hôtel et il se mit à lire, en attendant l'appel téléphonique de Cardoso. La Paz n'était pas un ville où l'on pouvait sortir se promener avec facilité, et il ne lui convenait pas de s'éloigner s'il voulait re´ponde au plus tôt au policier. Dans le lobby, il acheta deux journaux: un bolivien -pour connaître les nouvelles locales- et le New York Times, qui arrivait avec deux jours de retard, pour avoir plus de nouvelles de l'extérieur que le peu de choses que disait la télévision locales dans ses informatifs.

Le journal local lui apprit que, au cours de l'année, il y avait eu une vingtaine d'assassinats dans la capitale et ses environs, tous liés au trafic de drogue selon la police. Un journalistes dénonçait que l'Etat lui-même était infiltré, du fait même que l'exploitation et la vente de la plante de coca est légale, bien que la production de cocaïne ne l'est pas. Mais il n'existait qu'un scanner pour contrôler les charges importées et exportées, et les précurseurs de la drogue s'importaient depuis le Chili de façon habituelle. Les frontières, avec de multiples cols non contrôlés dans la cordillère des Andes, étaient extrêmement perméables, et la drogue les traversait avec facilité. Et elle était une importante source de financement pour la guérilla du Sentier du Soleil, comme elle l'avait été au Pérou et en Colombie.

Mais Trompel ne trouva aucune information su sujet de séquestres. Celui de Lefranc avait été un fait extraordinaire? Dans le revue achetée à Santiago, on parlait cependant de deux colombiens et rois argentins séquestrés en Bolivie. Mais le journal local ne parlait pas d'eux.

Peu après midi, le téléphone sonna. C'était Cardoso.
- Mon ami, j'ai de très mauvaises nouvelles pour vous. A la morgue de Desagüadero, le port sur le lac Titicaca d'où l'on traverse vers le Pérou, il y a un inconnu qui correspond à la photo que vous m'avez donnée. Selon le rapport qu'ils m'ont envoyé, il avait été trouvé par des touristes près des ruines de Tiahuanaco. Il tenait dans la main un poignard avec lequel il se serait suicidé. Il n'avait aucun document d'identité y, s'il n'y avait ma demande, il aurait été crémé dans quelques jours. Dans la situation actuelle, on ne garde pas les cadavres non-réclamés plus d'une semaine. Je dois vous dire que je n'aurais jamais cru la thèse du suicide: personne ne se tue avec sept coups de poignard! Mais les règlements de comptes sont fréquents et on n'enquête peu souvent à fond sur de tels faits. J'ai demandé que le cadavre nous soit envoyé, pour que vous puissiez le rapatrier si vous le désirez. Il devrait m'arriver demain si nous n'avons pas trop de problèmes à El Alto. ¡Cette affaire là est vraiment complexe!

Trompel remercia l'information et dit qu'il la communiquerait au père du défunt pour lui demander ses instructions. Il sortit ensuite pour déjeûner et s'en fut au bureau des Postes et Télégraphes pour téléphoner à Bruxelles. Si c'était possible, il vaudrait beaucoup mieux parler directement avec Antoine Lefranc et prendre ensemble les décisions que de lui envoyer un e-mail d'un cyber-caffé et attendre la réponse, surtout avec une nouvelle aussi grave.

La conversation avec Antoine Lefranc fut très pénible, comme prévu. L'homme s'effondra. Il demanda un peu de temps pour assimiler la nouvelle et ils se mirent d'accord pour se recontacter le jour suivant. Il donnerait alors au détective ses instructions relatives au cadavre.