26/10/2010

La conspiration 7.5.

Le commissaire Servais fut finalement informé que le motard qui avait été blessé quand il tentait de tuer l'aide de camp du roi était en condition d'être interrogé sévèrement. Il se rendit donc à l'hôpital, se faisant accompagner de Trompel déjà totalement remis... et déguisé. Ils informèrent tout de suite le délinquant qu'il était inculpé de tentative d'assassinat et de conspiration subversive. Et qu'ils connaissaient sa véritable identité ainsi que ses activités antérieures à la RDA. Après avoir purgé sa longue peine en Belgique, s'il était encore vivant, il serait extradé et devrait répondre en Allemagne pour les crimes commis comme agent de la STASI. L'homme voulut nier son identité, mais Servais lui montra les preuves envoyées par la police allemande. Il lui offrit alors de retirer l'accusation de conspiration s'il dénonçait qui l'avait engagé et donnait des preuves qui permettraient d'accuser l'auteur intellectuel.

- Vous n'auriez pas été envoyé par Oblensky, par hasard? C'est un homme très intéressant pour nous, qui a eu des contacts avec la STASI. Vous devriez l'avoir connu là-bas! Ou non?

Le bandit tâcha de cacher sa surprise, mais Servais était un observateur consommé et vit qu'il avait donné dans le mille. Mais, même ainsi, l'assassin refusa de parler. Trompel sortit alors un pot de café soluble de sa poche et demanda à une infirmière d'apporter de l'eau bouillante pour en préparer. Le blessé commença à monter de la nervosité.
- Nous allons prendre un peu de café. Vous d'abord. Cela vous fera du bien. Je suppose que vous aimerez cette marque -lui dit Trompel, montrant l'étiquette identique à celle trouvée dans le bureau de Walckiers. Quand il l'ouvrait et allait en retirer une cuillerée, l'assassin sursauta:
- Ne le faites pas! Je ne veux pas de café!
- Qu'est-ce qui se passe? Vous n'aimez pas cette marque?
- Vous voulez me tuer? Je préfère la prison! Mais vous devez arrêter Oblensky, sinon il me fera tuer. Il pourrait déjà l'avoir fait. Il a beaucoup de ressources. Comme ce café asphyxiant.
- Du café asphyxiant? Qu'est-ce que c'est que cette histoire?
- Vous le savez très bien. Vous l'avez apporté à propos. Oblensky l'a employé plus d'une fois. Il en avait à la maison de la rue de la Prospérité. Je l'ai vu l'utiliser là avec un agent imprudent, comme il l'avait déjà fait à Berlin-Est.
- C'est donc là qu'il se cache et vous avez été là!
- C'est là qu'Oblensky se réunit avec ses agents. Il n'y reste jamais plus de quelques heures. Personne ne sait où il réside vraiment.
- A la rue de la Prospérité? Comment arrive-t'il là?
- Comme tout le monde: à pied.
- Et comment part-il?
- De la même façon. Quelle drôle de question! Vous croyez qu'il sait s'envoler?
- Comment vous communiquez-vous avec lui?
- Normalement, c'est lui qui appelle. Mais s'il y a un problème, nous avons un numéro de téléphone, qu'on nous a recommandé de n'employer qu'en cas d'extrême urgence et en employant des métaphores et des clés.

Les policiers annotèrent le numéro, qu'il analyseraient. Ils firent encore quelques questions sur les autres personnes que l'homme avait vu là. Tous utilisaient des pseudonymes, ce qui n'était pas très utile. Et personne ne parlait de ses activités. Les conversations avec Oblensky avaient lieu sans témoin. Et la façon dont celui-çi s'éclipsait était inconnue de tous. Mais ces nouvelles informations étaient suffisante pour lancer un mandat de perquisition pour la maison et un mandat d'arrêt contre lui et aussi contre les autres occupants.

Le numéro de téléphone était de ligne fixe et correspondait effectivement à la maison de la rue de la Prospérité. On observa celle-çi encore un jour, puis on décida de passer à l'action. Une équipe complète de policiers envahit l'immeuble avec les mandats correspondants et arrêta les personnes qui semblaient vivre là en permanence: un couple avec un fils de douze ans et deux autres personnes, l'une desquelles été entrée une heure auparavent. Le couple et l'enfant avaient été observés allant et venant dans le quartier depuis le début de la vigilance. Tous furent conduits au poste de la PJ le plus proche, où ils passèrent les contrôles d'identité et furent ensuite durement interrogés un à un.

Entre temps, une équipe technique inspectionnait tout le contenu de la maison et relevait les empreintes digitales. Elle étudia aussi en détail les caves où, sous le couvercle apparent d'un puit artésien, on trouva une échelle puis un étroit tunnel de plus de cinquante mètres. Une autre échelle permettait d'accéder à une autre cave appartenant -comme on le soupçonnait- à une maison de la rue Darimont. On arrêta alors l'unique occupant de cette demeure.

19/10/2010

La conspiration 7.4.

A Charleroi, entretemps, la PJ interrogeait le personnel de nettoyage qui avait travaillé durand la nuit et, en particulìer, les deux femmes qui étaient entrées dans le bureau de Walckiers, comme l'on voyait sur les vidéos de surveillance. On leur demanda de rendre compte de tout ce qu'elles avaient fait, sans oublier aucun détail. L'une d'elles mentionna alors qu'après être entrée elle "avait changé le pot de café soluble" de la table derrière le bureau. Le détective insista alors:

- Vous changez ce pot tous les jours?
- Bien sûr que non. Nous en portons plusieurs sur la table roulante de nettoyage, pour les divers bureau, afin de remplacer ceux qui seraient vides.
- Et celui de monsieur Walckiers était vide?
- Pas du tout. Mais quand j'allais entrer dans le bâtiment pour commencer mon travail, son épouse s'est approchée de moi et m'a donné un nouveau pot, me demandant de le mettre dans le bureau de son mari, comme surprise, parce qu'il lui avait dit récemment qu'il préférait cette autre marque à celle que mettait la firme. C'est pourquoi je l'ai emporté et je l'ai mis à la place de l'ancien.
- Vous connaissez bien madame Walckiers? Vous l'aviez rencontrée auparavent?
- Non. Elle s'est présentée.
- Je suppose qu'elle ne vous a donné aucune preuve de qui elle était.
- Pourquoi aurait-elle dû le faire? Il faut se méfier de tout le monde?
- Il vaut toujours mieux se méfier un peu et vérifier. Vous ne vous rendez pas compte que monsieur Walckiers est mort? J'espère que ce ne sera pas à cause de ce fameux café, parce que ce qui arrivé est très suspect!
- Mais monsieur Walckiers n'est pas mort d'un infarctus?
- Je ne vous interrogerais pas si cela était le cas, vous ne croyez pas?
- Mon Dieu! Il a été assassinné?
- Je ne peux pas vous l'assurer, mais c'est malheureusement possible. Maintenant, s'il vous plait, n'allez pas raconter cela ailleurs et, surtout, ne parlez à personne du pot de café. Vous en avez changé un autre la nuit passée?
- Oh, non, monsieur. Aucun.
- Heureusement!

Le policier renvoya la femme de ménage en lui recommendant une fois de plus la réserve. Il ne prit pas garde à ce qu'elle avait un nom arabe. Beaucoup d'employés du nettoyage appartenaient à la communauté musulmanne. Mais le commissaire Servais, lui, y prêta attention lorsqu'il reçut le rapport. Ce dernier venait accompagné des résultats de l'autopsie et de l'analyse de laboratoire de ce qui avait été trouvé dans le bureau de Walckiers. L'autopsie avait démontré qu'il n'y avait aucune trace d'infarctus. La seule chose qui pouvait sembler relativement anormale était l'aspect des lobes de ses poumons: ils paraissaient comprimés, comme si l'homme avait été asphyxié. Mais leur analyse chimique ne montrait aucune substance toxique. La conclusion était "arrêt respiratoire spontané ou attribuable à une asphyxie pour cause inconnue". Le légiste demandait une information complémentaire sur le milieu ambiant du défunt ou de l'endroit qu'il aurait visité peu avant sa mort.

La réponse se trouvait dans les analyses de laboratoire des objets du bureau, et tout spécialement du pot de café soluble. En analysant les couches supérieures des grains, on trouva des molécules d'une substance étrangère. Quand on la mettait avec le café dans de l'eau bouillante, elle produisait un gas qui se mêlait à la vapeur et absorbait l'oxygène de l'air, laissant un mélange irrespirable. Ainsi, quand Walckiers se prépara son café et que la vapeur lui arriva au visage, il dut sentir de la difficulté pour respirer. Il essaya sans doute de boire, absorbant davantage de gas et se suffoquant encore plus. Les chimistes avaient pu capter la réaction mais n'avaient pu analyser le gas produit: il s'évaporait et se décomposait en quelques secondes. Et il ne restait pas assez de ce composant dans le pot. On n'en n'avait sans doute mis qu'au-dessus. Si Walckiers s'était préparé un café plus fort, on n'aurait peut-être rien trouvé. L'assassin avait dû mettre seulement une ration sûre et juste suffisante pour arriver à ses fins.

En unissant ce rapport à celui de l'autopsie, on arrivait à un cadre clinique bien clair: Walckiers avait été exposé à un gas qui éliminait l'oxygène ou se combinait avec lui, anesthésiant d'une certaine façon les cellules pulmonaires chargées de transférer l'oxygène au sang, empêchant leur fonctionnement adéquat. En d'autres mots, il avait été asphyxié au moyen d'une technqiue sophistiquée, créée peut-être dans un laboratoire destiné à fabriquer des armes chimiques. Quelque chose que quelqu'un comme Oblensky pouvait avoir obtenu dans l'ex-URSS.

Évidemment, le pot n'avait pas d'empreintes digitales, sauf celles de Walckiers et de la femme de ménage. Et, comme il fallait s'y attendre, l'épouse de l'ingénieur n'avait jamais demandé qu'on lui change son café. On interrogea de nouveau l'employée, qui insista sur sa version. Elle ne put reconnaître la photo de l'épouse et assura qu'elle serait incapable d'aider à faire un portrait-robot de la femme qui l'avait abordée: il faisait nuit, et elle portait des lunettes sombres et un chapeau qui lui couvrait en partie la figure.

On passa alors au peigne fin les antécédents de la femme de ménage. Elle était la fille d'un immigré venu de Turquie, qui vivait aussi à Charleroi et y tenait un petit restaurant... où se réalisaient les réunions du PNI local. Elle ne vivait pas avec son père, mais il était évident qu'il y avait là une connexion. Interrogée sur ses relations avec le parti, elle reconnut que son père l'avait convaincue de s'y associer et qu'elle assistait aux réunions quand son travail le lui permettait. Elle reconnut qu'elle s'y était rencontrée plusieurs fois avec Walckiers et que, pour cela même, elle était disposée à lui "faire des faveurs". On lui demanda alors si la femme qui lui avait donné le café pouvait aussi être membre du parti. Elle sembla douter, tenta de se rappeller, mais niat finalement, assurant à nouveau qu'elle croyait que s'était la femme de l'ingénieur et qu'elle ne l'avait jamais vue auparavent. Ce témoignage restait douteux, et il n'y avait pas moyen de l'approfondir. Mais une chose était claire: les assassins ne disposaient pas seulement d'extraordinaires moyens techniques, mais ils pouvaient aussi trouver très rapidement la personne adéquate pour réaliser la mission, ce qui signifiait qu'ils disposaient de beaucoup d'informations antérieures. Qui pouvait réunir ces conditions au PNI? De nouveau Bertrand et Oblensky!

12/10/2010

La conspiration 7.3.

Au retour de son dîner, le commissaire trouva le détective de Charleroi qui l'attendait dans son bureau. Malgré ses multiples questions, il ne parvint pas à savoir plus que ce qu'il avait lu dans le résumé écrit. En tous cas, Walckiers n'avait pas semblé particulièrement inquiet et n'avait pas parlé de la nécessité de protection pour lui. Il semblait qu'il ne pensait pas que les conspirateurs pourraient douter de lui. Mais il était évident que son interrogateur s'était trompé de point de vue, se centrant plus sur l'affaire de la fraude électorale que sur la dénonciation des intentions d'assassinat de la députée. Il était aussi clair qu'il semblait que c'était la première fois que Walckiers avait entendu ce genre de chose.

Servais reprit le détective et lui signala que cette erreur serait inscrite sur sa feuille de service. Puis il le renvoya, lui rappelant qu'il devrait l'informer immédiatement de quelque résultat ou découverte qui serait faite dans ce cas à Charleroi. Il ouvrit ensuite l'enveloppe de Walckiers et se mit à lire.

Le pli contenait trois documents différents: une feuille relative à la façon dont se réalisait la fraude électorale, une série de pages imprimées qui était une sorte de journal de bord de réunions et une autre paire de pages écrites à la main qui rendaient compte de la dernière réunion des directeurs du PNI où il avait été question de l'assassinat de Paula Darbée. Signées par Walckiers, ces pages manuscrites appuyaient l'accusation qu'il avait faite verbalement à la PJ de Charleroi. Il l'introduisait signalant qu'il écrivait à la main pour des raisons de sécurité, car il ne voulait laisser aucune trace de cela dans son ordinateur et voulait assurer au maximum son authenticité au cas où cela serait nécessaire. Il disait que si l'on parlait ainsi de Darbée et que si on avait déjà ordonné -comme il soupçonnait maintenant- de tuer le journaliste Trompel qui l'avait interrogé sur la sécurité du système de vote électronique, sa propre sécurité pourrait être compromise dans l'avenir. C'était aussi la raison pour laquelle il laissait ces documents dans son coffre-fort. La lettre avait la date de la veille de sa mort.

L'information sur la fraude était très brève: elle indiquait les numéros des lignes de code en langage C++ qui devaient être effacées pour restituer l'intégrité du code original. Entre les milliers de lignes de code, il aurait été très difficile de détecter les lignes apocryphes sans cette indication. Etant donné que le programme s'installait dans les machines après avoir été compilé, il était impossible de corriger ces copies: il était indispensable de corriger le programme-source (conservé dans un coffre-fort de la firme) et de le recompiler avant de l'installer à nouveau dans les machines.

Servais se dédia ensuite à lire le document le plus long: le journal qui résumait les conversations des réunions des deux dernières années. Les assistants étaient toujours les mêmes: Bertrand, Durand, Verstappen, Ibn Sahlad, Daems et Walckiers. Il était clair que c'étaient eux qui contrôlaient le PNI et que Daems, bien qu'officiellement président, n'était qu'un comparse, de même que le propre Walckiers. Les vrais chefs étaient Bertrand, Durand et Verstappen, ce que l'ingénieur appelait "le noyau". Pour lui, n'étaient pas clairs les intérêts de Ibn Sahlad, qui agissait comme co-financier et, semblait-il, assurait l'appui de la communauté musulmanne.

A part les délits signalés par Walckiers, qui apparaissaient dans les dernières réunions, il était aussi évident que le PNI avait un programme différent et bien plus radical que celui qui était diffusé dans le public. C'était ce que Trompel avait détecté dans les messages des "républicains", totalement cohérents avec ce qui était discuté dans les réunions résumées par l'ingénieur. Il ne mentionnait pas les ordres d'assassinnat, mais la thématique de la "suppression de l'aristocratie" et les félicitations dans les cas d'attentats revenaient régulièrement, renforçant l'hypothèse de "travaux" mandés par ce "noyau", probablement au travers de Bertrand et Oblensky.

06/10/2010

La conspiration 7.2.

**Le fragment suivant manquait lors de l'insertion du 7.2.**

Bertrand, à peine au courant, téléphona au mobile d'Oblensky. Il eut la chance de ce que celui-çi était en Belgique et ils fixèrent le rendez-vous pour trois heures plus tard. Ils se réunirent comme d'habitude à "La Mort Subite". Et, comme les autres fois, ils furent observés par un des détectives de la DST qui surveillait Bertrand. Cet homme savait qu'Oblensky n'était pas une blanche colombe et que, sans aucun doute, ils devaient préparer un mauvais coup. Averti de l'importance de trouver le domicile bruxellois d'Oblensky et de connaître ses activités, il avertit par GSM à la centrale de la DST et une petite équipe fut envoyée pour assurer la filature du russe. Ce dernier, qui n'avait jamais pu être surpris dans un acte illicite, savait sûrement découvrir une filature courante, ce qui obligeait à un travail très précis, coordonné par radio.

- Je te remercie pour ce que tu as fait avec le journaliste. Tu dois avoir reçu la paye convenue -dit Bertrand au russe, après s'être assis avec lui et avoir commandé une bière-. Mais nous avons un nouveau problème. Walckiers, l'ingénieur qui s'occupait des machines à voter, nous a trahi. Il a tout raconté à la Police Judiciaire: la fraude électorale et la conversation que nous avons eue sur un possible attentat contre notre députée. Et il a donné les noms de ceux qui, avec moi, contrôlent le parti Nouvelle Indépendance. Heureusement, il ne sait rien des contacts que nous avons avec toi ni de nos actions contre les aristocrates. Mais il est évident que la police va nous interroger. Je m'étonne même qu'elle ne l'aie pas encore fait. Il est indispensable que nous défassions de Walckiers pour qu'il ne continue pas à parler. mais cela ne peut pas paraître un assassinat. Cela doit être une mort naturelle ou un accident qui ne paraisse aucunement suspect.
- Aucun problème. Tu sais que nous avons beaucoup de ressources. Et les spécialistes pour cela ne manquent pas. Pour quand veux-tu la solution?
- Le plus tôt sera le mieux, vu que la police pourrait le convoquer n'importe quand pour l'interroger plus à fond.
- D'accord. Nous le ferons au plus tôt.
- Bien. mais que ce ne soit pas comme le premier attentat contre le journaliste. Pas d'erreur!
- Tu peux ètre tranquille. mais cela te coûtera plus cher.
- Si les résultats sont satisfaisant, cela vaudra la peine.

Oblensky fixa un prix que Bertrand accepta. Ils finirent leur bière puis se séparèrent.

L'équipe de détectives suivit le russe par plusieurs ruelles du centre. Il entra dans plusieurs bàtiments à sorties multiples, s'arrêtant brusquement, retournant sur ses pas, traversant des rues en courrant: des techniques classiques pour se défaire d'un suiveur, mais bien connues par ses poursuivants qui anticipaient ses mouvements. Finalement, après un bref trajet en métro, il sortit à la station Compte de Flandres, suivit par la rue Sainte-Marie et tourna dans la rue de la Prospérité, où il entra au numéro 17. Peu après, un de ses suiveurs passait discrètement par là regardant les façades d'en face, cherchant où installer un poste d'observation. Une heure plus tard arrivait en moto un détective camouflé en messager de TNT avec une lettre destinée au numéro 17. Une microcaméra grava les noms des boîtes aux lettres pendant qu'il pressionnait une des trois sonnettes etdemandait après la personne dont le nom était sur l'enveloppe. Evidemment, personne ne le connaissait. Il s'excusa et partit. mais tout avait été enregistré.

Pendant qu'ils cherchaient le meilleur moyen de contrôler de façon permanente le domicile, les agents secrets installèrent des camionettes avec des observateurs cachés aux deux extrêmes de la rue. Si Oblensky sortait, il serait suivi à nouveau. Entrer avec des appareils, même cachés dans l'une ou l'autre valise, à la maison d'en face pourrait facilement lever des soupçons, raison pour laquelles ils cherchèrent une maison avec vue sur la façade arrière, à la rue Darimont, une impasse dont la dernière maison donnait justement sur le jardin correct. Ils vérifièrent les antécédents du propriétaire et obtinrent la permission d'entrer et d'occuper une pièce où ils installèrent des lasers qui détecteraient les vibrations des vitres des fenêtres d'en face et, de cette façon, pourraient entendre toutes les conversations qui auraient lieu dans les les pièces visibles. Ils n'auraient pas accès à celles qui donnent sur la rue de la Prospérité mais, avec un peu de chance, ils pourraient sûrement capter des choses intéressantes. Ils se connectèrent aussi au cable téléphonique de la maison et mirent un ausculteur des transmissions mobiles.

Mais les jours passèrent et ils ne purent détecter de nouveau Oblensky. Il devait disposer sans aucun doute d'une autre voie d'échappement, peut-être par l'une des maisons de l'impasse Darimont. Ils décidèrent alors de contrôler aussi discrètement toutes les personnes qui sortaient de cette rue.

**Insertion originale (où manquait le fragment antérieur) **

Le 4 novembre, Servais lut finalement le rapport de Charleroi sur les accusations formulées par Walckiers et s'alarma parce que le détective qui le reçut n'informait d'aucune mesure de protection ni pour la députée ni pour l'ingénieur lui-même. Il était évident qu'il ne savait rien des activités problématiques du PNI et n'avait pas été capable de soupeser les risques. Le commaissaire téléphona tout de suite à Charleroi, obtenant confirmation de ce qu'aucune protection n'avait été disposée en faveur de Walckiers. Il ordonna alors qu'on alla le chercher et qu'on l'accompagna à Bruxelles pour un interrogatoire à fond. Il disposa aussi qu'un de ses hommes accompagne à partir de ce moment la députée Darbée pour la protéger. Il appella celle-çi par téléphone et la mit au courant de la mesure en réponse à des "menaces de mort" desquelles la police avait eu vent, sans lui révéler l'origine exacte de celles-çi.

Quand l'appel de Servais fut reçu à la PJ de Charleroi, on téléphona aux bureaux des ACEC, confirmant que Walckiers y était arrivé, mais on ne demanda pas à parler avec lui. Il valait mieux lui expliquer la situation face à face. L'inspecteur qui l'accompagnerait à Bruxelles alla donc le visiter. Quand il présenta sa carte de police et demanda qu'on le conduise au bureau de l'ingénieur, la réceptionniste tenta d'avertir celui-çi par téléphone intérieur, mais il ne répondit pas.
- Il visite peut-être l'un ou l'autre des ateliers ou est en réunion avec un technicien. Pourriez-vous attendre pendant que j'essaye de le trouver?
- Je préfèrerais que vous m'indiquiez où est son bureau et je l'attendrai là-bas -répondit le policier, qui préférait ne pas rester en vue à la réception.
- D'accord. Montez au troisième. C'est la deuxième porte à droite. Si le téléphone sonne à la ligne 1, prenez-le: je vous y avertirai si j'ai trouvé monsieur Walckiers.
- D'accord. Merci.

Le détective prit l'ascenseur et s'en fut au bureau indiqué. Il frappa à la porte et entra sans attendre de réponse puisqu'il n'espérait trouver personne. Et, au premier moment, il ne vit effectivement personne. Mais, en s'approchant du bureau, il vit que les pieds de quelqu'un dépassaient d'un côté du meuble. Il en fit le tour et trouva, couché par terre, celui qui devait être l'occupant de la pièce. Il lui prit le poul: il n'y avait plus de signe de vie. Mais le corps était encore chaud: il était donc mort quelques minutes auparavent. Il essaya de le réanimer avec un masssage cardiaque, mais en vain. Il se mit alors des gants de latex et appela par téléphone le bureau de la PJ, demandant l'envoi des techniciens forins. Puis il avertit la récepcioniste de ce qu'il avait trouvé l'ingénieur mais qu'il avait souffert d'un infarctus et qu'une ambulance était en route pour le prendre. Il demanda aussi si Walckiers avait reçu une visite après être arrivé, mais la secrétaire lui répondit que personne n'avait demandé à le rencontrer. Un autre appel fut pour le commissaire Servais, qui fut mis au courant des événements.
- Nous sommes arrivés trop tard -se lamenta ce dernier-. Je ne crois pas du tout que ce soit un cas fortuit. Gardez tout ce qui est en vue sur le bureau et tout ce que Walckiers a pu toucher. Nous avons déjà eu un cas d'empoisonnement par contact avec la peau. Et que l'on fasse au plus tôt une analyse biochimique de tous les liquides corporels. Cela peut être un poison de disparition rapide.

Après avoir coupé la communication, il ajouta pour lui-même:
- Il y a une fuite et quelqu'un a averti les maudits consporateurs.

Il appella alors les équipes qui surveillaient la maison de la rue de la Prospérité (où avait disparu Oblensky) et les alentours, et ordonna d'arrêter et interroger quiconque sortirait de la maison, sauf ses habitants habituels, ainsi que tout inconnu qui sortirait du cul-de-sac de derrière.

Au bureau de Walckiers, pendant que travaillaient les techniciens, le détective inspectionna le bureau. Sur la table, il y avait plusieurs documents et un agenda. L'agenda ne mentionnait aucun rendez-vous pour ce matin et il semblait donc que Walckiers n'avait assisté à aucune réunion. Sur le sol, près du corps, était tombée une tasse à café et la moquette avait absorbé le liquide: ils devraient découper la tache pour l'analyser. Il ferait analyser aussi l'agenda et les papiers, sans oublier le téléphone et la cafetière, comme lui avait recommendé son supérieur de Bruxelles. Mais il était très surpris de ces instructions: il s'agissait sûrement d'un "gros" cas, des tenants duquel il ne savait rien.

Les techniciens prirent les empreintes digitales mais, comme il fallait s'y attendre, n'en trouva aucune différente de celles de la victime. Les vidéos de sécurité et les contrôles d'accès ne montraient aucune intrusion anormale. Si quelqu'un avait, d'une façon ou d'une autre, empoisonné Walckiers, cela devait avoir été quelqu'un de la firme, qui pouvait entrer dans le bureau sans causer aucun soupçon. Et il avait dû le faire entre le moment de la sortie du personnel la veille et l'arrivée de Walckiers ce matin. Cela portait les soupçons directement vers les employés chargés du nettoyage. Il fut donc décidé de les interroger et de regarder les vidéos du contrOle nocturne des couloirs.

Dans le bureau, il y avait un coffre-fort. La police obtint la clé et, en présence du spérieur de Walckiers, retira et classa le contenu. C'étaient presque tous des documents confidenciels relatifs à des recherches et projets en cours. Ils furent remis à leur place quand apparut une enveloppe scellée avec la mention "Rapport personnel - Uniquement pour la police, en cas d'urgence". Elle ne fut pas ouverte sur place et, une fois Servais consulté, elle fut portée personnellement à Bruxelles par l'agent qui avait reçu la déposition de Walckiers. Servais voulait l'interroger à fond sur son entrevue et lui reprocher son manque de diligence.