01/11/2013

Cérébral 13


13. (Lundi, 15e jour)
 
A Aix-la-Chapelle, le bureau de GeZi semblait encore plus petit que celui qu'occupait Trompel lorsqu'il travaillait comme détective privé. Accompagné du collègue allemand qui l'attendait à la gare du TGV, il s'en furent à l'adresse que ce dernier avait déjà et eurent la chance d'y trouver Rosenwald, l'homme accusé du séquestre, ce qui lui parut assez étrange. Il semblait même les attendre et reconnut de suite ce qui s'était passé.

- En effet, j'ai été chargé de retenir mademoiselle Joséphine Mousin. Vous saurez déjà qu'il ne lui est rien arrivé et si vous m'accusez de séquestre, je vous démontrerez que cela faisait partie d'une opération de bien plus grande envergure, destinée à suivre la trace d'une fausse entreprise qui réalisait de l'espionage scientifique et industriel dans l'Union Européenne et aux Etats-Unis.
- Une opération majeure... Chargée par qui?
- Un travail pour la CIA.
- Ne me faites pas rire.
- Ce n'est pas une blague. Contactez le chargé de presse de l'ambassade des Etats-Unis à Berlin. Il vous le confirmera. Il y a longtemps que nous suspectons de Globalteck et que nous savons qu'ils se dédient au marché noir de la technologie. Ils font croire qu'ils ont une succursale ici, bien qu'officiellement ils ont leur siège en Bulgarie, où nous ne pouvons pas entrer. Je leur ai passé deux fois des informations fausses et nous avons eu la chance de ce qu'ils me contactent pour ce séquestre, et avons assuré la collaboration de l'ingénieur Benson pour arranger un transfert sûr du logiciel avec la possibilité de suivre sa trace.
- Vous connaissiez benson?
- Il nous avait déjà aidé dans d'autres cas. Dès que nous sûmes que Globalteck voulait le projet MEMO de l'Université Saint-Luc, nous l'avons averti, pensant que l'université pouvait lui demander de l'aide puisqu'il avait déjà aidé dans le cas de d'Aosta et BreinWerken. Ce fut une chance qu'on l'invita à venir personnellement à Brxelles. Ainsi, placer les trappes fut plus facile.
- Il y a une relation entre les deux séquestres, de d'Aosta et de Mousin?
- Nous pensons que  BreinWerken était au service de Globalteck, mais cela n'a pas pu être prouvé à l'époque. Il est évident que le modus operandi est assez semblable. Il ont d'abord blessé d'Aosta, n'est-ce pas? Ici, ils attaquèrent Brasseur, mais le criminel exagéra ou bien ne comprit pas les ordres, et ils passèrent au séquestre et au chantage.
- Vous n'avez rien à voir avec le cas de Brasseur?
- Rien du tout. J'ai vu la nouvelle dans le journal et cela m'a effaré. Je ne suis pas un assassin. Ils ont dû d'abord engager ce délinquant mais commirent une erreur et, comme cela tourna mal, il recourrirent -heureusement- à mes services pour retenir Joséphine Mousin.
- Comment vous ont-ils contacté et comment est intervenu le jeune homme qui l'a attirée?
- Ils teléphonèrent à mon mobile, qui se trouve sur la page web de GeZi. Pour la participation de Lorand, ils doivent avoir préparé le terrain d'une façon ou d'une autre. Ils m'ont donné son téléphone et, quand je l'ai contacté, il ne mit aucune objection. Cela m'a un peu étonné, mais j'ai préféré ne pas demander d'explication, pour ne pas me découvrir. Vous pouvez le contacter et le lui demander. En ce moment, il n'y a sûrement plus de danger pour lui.
- Son nom est Lorand?
- Alex Lorand. Je ne connais pas son adresse mais je peux vous donner son téléphone.
- D'accord. Nous l'interrogerons.
- Vous avez envoyé l'information au journal Le Soir?
- Quelle information? Je n'ai rien envoyé aux journaux!

Trompel lui montra le journal, qu'il avait avec lui.
- C'est très bizarre! Cela semble une espèce de vengeance. Ils veulent mettre la police en ridicule?
- Nous tenterons de connaître l'origine de ces mensonges. Mais je doute d'obtenir une piste intéressante.
- Vous allez devoir nous accompagner au comissariat -dit le policier allemand- jusqu'à ce que nous vérifions avec l'ambassade américaine la légitimité de votre intervention.
- Je n'ai aucun inconvénient, au contraire. Ce sont les gages de l'office. Vous pouvez compter sur toute ma collaboration. Il vaudra mieux aussi, pour conserver ma couverture, que vous me traitiez en public comme un délinquant. -Se dirigeant à Trompel, il ajouta: - Avant de sortir, permettez-moi de vous demander de me faire parvenir l'information que le professeur Franquin recevra de la copie du logiciel qu'il a permis de voler. Ce sera capital pour savoir qui est derrière toute cette affaire. Je ne crois pas que ce soit seulement Globalteck, qui n'est sûrement qu'un intermédiaire et responsable du séquestre et de l'assassinat. Mais nous sommes fort désireux de savoir qui veut s'approprier de cette technologie.
- Cela dépendra de nos autorités et des vérifications que nous devons encore réaliser. Mais il me faut que vous aussi vous me donniez toute l'information que vous avez sur Globalteck et comment nous pouvons arriver à eux. Ils affrontent une accusation criminelle pour l'assassinat.
- Voici tout ce que j'ai sur Globalteck -repondit-il, en donnant une petite carte de mémoire SD-. Ce n'est pas grand chose, mais il est indiqué comment il me contactent et comment je peux les informer des progrès d'une opération.
- Vous leur avez dit que vous avez libéré Joséphine Mousin?
- Non. Ils m'ont confirmé qu'ils avaient obtenu ce qu'ils voulaient et que "je pouvais disposer de la fille comme il me plairait". Il ne me fallait pas leur dire ce que je ferais, et je crois même qu'ils préféraient ne pas le savoir. Mais ils devaient encore me payer une partie du prix convenu. La banque devrait m'informer aujourd'hui. Evidemment, il est prévu de chercher l'origine de cet argent, mais j'ai bien peur que ce ne sera pas facile.

Trompel lui montra alors le portrait-robot de l'assassin.
- Vous avez vu cet homme? C'est l'assassin de l'assistant du projet.
- Je ne le connais pas. Mais si vous me donnez ce dessin, je peux l'envoyer à la CIA et ils peuvent consulter leur banque de données. Si je reçois une réponse positive, je vous l'envoie.

Il semblait qu'il n'y avait pas beaucoup plus à dire et le policier allemand passat les menottes à l'agent de la CIA. Ils sortirent ensuite et le conduisirent au poste de police principal d'Aix-la-Chapelle. Là, Trompel rédigea un petit rapport pour la police locale et on fit une copie de la carte SD de Rosenwald, que Trompel emporta à Bruxelles.

Arrivé à la PJ, il mit Servais au courant et lui donna la SD. Le comissaire la copia sur son ordinateur et la lui passat à nouveau pour qu'il fit de même et étudie son contenu. Informé de ce que Benson avait été averti par la CIA, il décida de téléphoner inmédiatement à celui-çi. L'américain installé en Espagne lui confirma que la CIA l'avait mis au courant d'un possible essai de vol du projet MEMO et il avait préparé les trappes à inclure dans le logiciel, convenant ensuite avec Mousin de les inclure, à peine arrivé à Bruxelles.

15/10/2013

Cérébral 12


12. (Vendredi, 12° jour)

Le lendemain, le laboratoire confirma que les empreintes de Ronstadt étaient sur le clavier de l'ordinateur de Brasseur. Il n'échapperait pas à l'accusation d'assassinat et se verait obligé à dénoncer son complice. Ils avaient aussi terminé l'analyse de l'ADN d'un cheveu trouvé sur les vêtements de Brasseur: ce n'était pas de lui ni de Ronstadt et, devait, donc, être de l'assassin.

Avec ces données, Trompel interrogea de nouveau le détenu.
- Vous avez été chez Brasseur et l'homme qui est allé avec vous, après, au Cactus y était aussi avec vous. Nous avons trouvé vos empreintes sur le clavier de l'ordinateur et des traces d'une autre personne dans l'appartement. Donc, ou bien vous m'expliquez ce qui s'est passé, ou bien nous vous accusons de l'assassinat.

Le jeune d'homme perdit tout aplomb.
- Cela a été horrible. L'homme a forcé la serrure et est entré, me disant d'attendre. Ensuite, il me fit entrer et j'ai vu qu'il avait coupé la gorge de l'assistant du profeseeur Franquin. Il me dit de faire "ce qui me correspondait" et que lui m'avait "ouvert la route". Cela m'a rendu nerveux et je n'ai pas pu établir la connection. J'ai cassé l'ordinateur comme j'ai pu et ensuite nous sommes partis. Alors, il m'a dit qu'il avait besoin de se relaxer et m'a demandé de le conduire à un night-club, parce qu'il connaissait très peu Bruxelles. Je l'ai donc emmené au Cactus. Quand il eut assez bu, il prit congé et je m'en suis retourné seul chez moi.
- Comment avez-vous pris contact avec lui? Où vous êtes-vous rencontrés?
- Quand on me donna les instructions pour obtenir le logiciel en accédant à la demeure de Brasseur, ils me dirent qu'ils enverraient "un spécialiste" pour m'en assurer l'entrée et que nous nous rencontrerions devant sa porte. Ils me donnèrent l'adresse et l'heure et il attendait devant la porte quand j'y suis arrivé.
- Comment s'apelle-t'il?
- Je n'en sais rien. Quand je suis arrivé, il m'a demandé si j'étais Ronstadt puis me dit qu'il venait m'aider. Il m'a aussi demandé si je parlais allemand. Ensuite, on a toujours parlé dans cette langue.
- Vous pourriez le décrire, pour un portrait-robot?
- Sûrement.
- Je vais appeler un dessinateur.

Du numéro de téléphone donné à Ronstadt on ne put rien découvrir: c'était un "prêt-à-jeter" pré-payé. Faire un appel permettrait peut-être de le localiser, mais ce serait risqué et pourrait alerter les contactés. Le portrait, au contraire, pouvait être envoyé à tous les bureaux de police et à Interpol.

Cet après-midi, dans le journal "Le Soir", qui se distribuait après cinq heures, apparut la nouvelle suivante:

"Chef d'informatique de l'Université Saint-Luc accusé d'espionage
Mr Mousin, chef du système informatique de cette université, a transmis à une entreprise étrangère un logiciel développé par les professeurs Franquin et Marchant dans le cadre d'un projet Esprit de l'Union Européenne. Ce projet correspond à une étude de la mémoire des êtres humains et tente de produire une copie de cette mémoire, en appui de la création d'une mémoire qui opérerait avec un système d'intelligence artificielle. On spécule qu'il pourrait être utilisé par une puissance étrangère pour détecter des dissidents au moyen de l'exploration non-volontaire de leur mémoire. Malgré que la fille de l'ingénieur Mousin a été séquestrée pour obtenir ce logiciel par le chantage, la police a été incapable de détecter l'opération et n'a prêté aucune collaboration pour récupérer la jeune fille."
Le comissaire Servais reçut le journal peu avant de quitter son bureau pour rentrer chez lui.
- C'est un gros mensaje! - grommela-t'il, furieux-. Qui leur pourrait avoir dit cela?

Il appela Trompel et lui montra le journal.
- Ils ne nous révéleront pas leur source -répondit celui-çi, se basant sur son expérience de journaliste-. Mais aucun éditeur n'aurait permis cette publication sans avoir vérifié les antécédents. S'ils nous accusent et accusent Mousin, ils doivent avoir d'autres données qu'ils ne publient pas, sûrement tergiversées. Nous pouvons exiger qu'ils nous donnent celles-là.
- Et nous devons démentir totalement cette information. Préparez-moi un communiqué de presse. Nous l'enverrons inmédiatement à tous les média. Et j'avertis notre département légal pour que les avocats fassent la réclamation pertinente.
- Il nous faut faire attention avec le communiqué. Les voleurs peuvent avoir fait publier cela pour vérifier, dans une éventuelle réponse, si le logiciel qu'ils ont obtenu est légitime. Nous ne pouvons rien permettre de deviner de cela. Et l'université ne devrait pas s'y risquer non plus.
- J'avertirai à Franquin et Marchant. J'ai reçu une information de la police allemande -ajouta le comissaire-. Rosenwald n'a pas d'antécédents pénaux là-bas, mais il apparait comme gérent d'une entreprise de sécurité appelée "Geheimeziechereit (GeZi)", dont le siège est à Aix-la-Chapelle. Je voudrais que vous alliez là lundi prochain pour en savoir plus. J'arrangerai qu'un collègue allemand vous accompagne.

Ensuite, au travers des mécanismes d'Interpol, Servais se communiqua avec la police d'Aix-la-Chapelle pour leur expliquer de quoi il s'agissait et convenir le travail en commun. Une fois l'accord fixé, il en informa son subordonné, qui était déjà rentré chez lui, au sujet de l'endroit où il devait se rendre et le nom de son contact. Trompel se réunirait avec un inspecteur allemand et les deux visiteraient GeZi pour parler avec Rosenwald.