27/10/2009

L'héritage 4.1

Deuxième partie

Chapitre 4

C'était l'année 2004, sept ans auparavent, un matin de mars. Jef Trompel était à son bureau de la rue Fossé aux Loups. Il n'y avait que deux semaines qu'il avait abandonné la Police Judiciaire belge pour s'établir à son compte. Le téléphone sonna et le détective entendit une voix inconnue:
- Monsieur Trompel?
- Lui-même, pour vous servir.
- Je m'appelle Antoine Lefranc. Je voudrais vous confier une affaire, tout au moins si vous parlez espagnol.
- Je parle espagnol, français, flamand, bruxellois, arabe, anglais: tout ce qui se parle à Bruxelles et qui peut être nécessaire pour faire honneur à ma profession.
- La chose est importante, car l'affaire qui m'amène vous obligera probablement à voyager au Chili.
- Dites-moi de quoi il s'agit, et je vous dirai si cela entre dans mes possibilités.
- Bien. Voilà: Mon fils est parti au Chili il y a trois ans. Il y aura bientôt un mois que je n'ai plus reçu de nouvelles de lui, et il aurait dû arriver la semaine passée, après être passé part la Bolivie, le Pérou et la Colombie. Et je viens de recevoir un e-mail qui me demande une rançon pour sa libération. Et pas moins d'un million de dollars. J'ai réussi à contacter un prêtre belge qui vit à Santiago et le connaissait très bien, mais selon lui il aurait quitté le pays à la date que je connaissais, après une étrange accusation de persécution sexuelle. Nous ne pouvons recourrir à la police chilienne vu qu'officiellement il a quitté ce pays, et il est possible qu'un organisme local de sécurité soit impliqué dans l'affaire. Selon la police belge, que je viens de consulter, il est sûr qu'il n'est pas arrivé ici. C'est le commissaire Servais qui m'a donné votre nom et votre téléphone. Nous voudrions bien savoir où est mon fils et ce qui lui est passé. Et s'il est possible d'éviter ou de réduire la rançon, car elle est totalement en dehors de mes moyens. Si vous pouvez vous faire charge de ce cas, quelles seraient vos conditions?
- Si je n'avais aucun contact au Chili, je déclinerais sans doute votre demande. Mais il se fait que j'ai un cousin professeur à l'Université Catholique de Santiago, qui pourra sûrement m'aider sur place en cas de besoin. Le prêtre belge que vous signalez sera aussi sûrement une grande aide. Quant aux conditions, je vous réclamerai 800 euros par semaine plus les frais: voyages, hôtels, paiement éventuel d'informateurs, etc. Je vous ferai au moins un rapport par semaine, pour justifier la semaine suivante et mes déplacements.
- Pouvons-nous fixer nous aussi nos conditions?
- Quelles seraient-elles?
- D'abord un contrat écrit. Ensuite la possibilité de réévaluer la situation et suspendre éventuellement votre enquête au reçu de chacun des rapports. Des déplacements hors du trajet Bruxelles-Santiago et escales intermédiaires devraient compter sur notre autorisation écrite. Et l'enquête ne devrait en aucun cas durer plus de deux mois. Nos possibilités financiaires ne le permettraient pas.
- C'est d'accord. Je pense que si je n'arrive à rien en six semaines, c'est que le cas est vraiment perdu. Et je le lamenterais beaucoup, évidemment.
- Quand pouvez-vous commencer?
- Je viens de le faire. Vous aurez demain le contrat. Je voudrais voir ce e-mail, mais une copie ne me sert à rien: il me faut avoir accès à l'original que vous avez reçu, pour tâcher d'en détecter l'origine. Puis-je vous rendre visite? J'en profiterais pour vous interroger plus longuement sur le disparu. A propos, comment s'appelle-t'il?
- Il s'appelle Guy Lefranc; moi je suis Antoine et ma femme s'appelle Louise. Vous pouvez venir demain matin si vous le voulez. L'adresse est boulevard Lambermont 1485 à Schaerbeek, près du parc Josaphat.

Après s'être mis d'accord sur l'heure du rendez-vous, Trompel et Lefranc raccrochèrent.

Trompel descendit au rez-de chaussée de l'immeuble où il avait son bureau, au 28 de la rue Fossé-aux-Loups, et sortit vers la droite, où était l'Agence "Air Stoper" qu'il utilisait régulièrement. Il y entra et demanda qu'on lui réserva un billet pour Santiago le plus tôt possible. La connection la plus rapide était Bruxelles-Paris-Santiago, par Air France et il serait en tête de la liste d'attente pour le surlendemain, ce qui était une chance, car tout était réservé pendant au moins trois semaines. En sortant, il prit maintenant vers la gauche et entra à la Librairie Castaigne où il acheta un guide sur le Chili qui contenait des cartes, entr'autres une du centre de Santiago. L'avoir en poche lui serait plus utile que de devoir se connecter à Internet chaque fois qu'il voudrait une information.

A l'heure convenue, il entrait chez Antoine Lefranc, face au parc Josaphat. Son client le reçut et le fit monter à son bureau, qui était au premier étage de l'hôtel de maître qu'il occupait. Il offrit un siège au détective, face au meuble de bureau et prit place dans un fauteuil d'exécutif de cuir, de l'autre côté. Ensuite il lui explica:
- Ce message, après le retard de mon fils, nous a rendu très appréhensifs. Comme je vous ai dit, j'ai tout de suite téléphoné au père Bochout, le supérieur des prêtres diocésains belges au Chili et curé de la paroisse de San Cayetano, où Guy fut vicaire un certain temps. Il m'a dit que mon fils était parti à la date convenue et pensait qu'il serait déjà arrivé ici. Il ne savait rien d'éventuelles difficultés au cours de ce voyage et ne pensait pas que les accusations de persécution sexuelle -dont mon fils avait été l'objet et qui avaient été écartées par la justice- puissent être à la source d'un séquestre.
- Voyons donc cet e-mail. Vous êtes connecté à Internet en ce moment?
- Oui. Je vous le montre tout de suite.

Lefranc manipula la souris puis tourna l'écran vers Trompel. Le mail disait:
-Padre Guido en notre pouvoir. Mettre un millon de dolares sur compte 81-72-377694-136 International Bank Caiman Island. Avez une semaine. Non police ou mort.

L'expéditeur était tupac@gmail.com et le mail était accompagné d'une photo qui devait ètre déchargée. Le détective décida de la regarder plus tard. Il devait maintenant voir les données complémentaires de l'envoi, pour tâcher de savoir d'où il provenait réellement. Il cliqua sur l'option qui permettait de voir ces détails d'origine mais les données relatives au serveur d'origine étaient pervertis et inutilizables. Celui qui avait envoyé le message savait comment couvrir ses traces.

20/10/2009

L'héritage 3.

Chapitre 3

Trompel retourna à la maison Lefranc, descendit au sous-sol et repassa à la cave où étaient les vieilles peintures. Mais aucune ne ressemblait aux travaux de Breughel. Il bougea les cadres, regardant derrière, mais il n'y avait que des toiles d'araignées. Rien d'écrit non plus, ni sur les murs ni au revers des peintures. Il repartit pensatif: la piste devait être autre chose.

Il jugea alors qu'il devait aller au musée, pour voir la peinture donnée. Le Musée des Beaux Arts était fermé ce jour-là et il passa une aprtie de la nuit à penser au problème, sans que lui vint une autre idée. Le matin venu, il prit un tram et s'en fut à la rue Royale, près du Sablon, où était le musée. Il demanda où était le cadre et alla directement là: il représentait des gens buvant dans une taverne. A première vue, cela ne lui disait rien. Aucune pièce de la maison de Lefranc ne pouvait être assimilée à cette tarverne. Mais il s'agissait peut-être d'un détail qu'il ne reconnaîtrait que sur place. Il décida dond d'acquérir una copie assez grande de la peinture et, l'emportant roulée, retourna au boulevard Lambermont. Comme elle pouvait désigner une autre peinture, il commença par revisiter les places où il y avait des cadres de peintres flamands: le salon et la salle à manger. Mais rien de ces illustrations ni du reste de la décoration ne coïncidait avec la peinture de Breughel.

Il descendit alors de nouveau au sous-sol et entra à la cave aux cadres. De nouveau, aucune des reproductions ne pouvait être associée à l'oeuvre trouvée. Quelle serait donc la piste? Peut-être un détail des murs de la taverne breughelienne? Il l'examina donc en détail puis les murs de la cave. Et il découvrit le point commun: un ancrage en fer forgé, semblable à une croix de Saint André, dans le haut d'un des murs. Il étira la main et tenta d'en tirer, mais le fer ne bougea pas. Il ne s'enfonçait pas non plus sous la pression. Il tâcha alors de le fer tourner dans l'un et l'autre sens. Au deuxième essai, il entendit un craquement et sentit passer une légère bouffée d'air frais tandis que bougeait légèrement le plus grand des cadres appuyés au même mur et qui descendait jusqu'au sol. Il s'en approcha et le retira du mur: derrière, une partie du mur avait disparu et il voyait l'entrée d'un petit tunnel.

Il dut se courber pour entrer et, quand il eut passé le seuil, une petite ampoule s'alluma. Il y avait un étroit escalier tournant, de pierre, qui descendait à un niveau inférieur. En bas, face aux derniers degrés, il y avait une porte métallique avec, au-dessus, un écusson moyenâgeux couronné d'un casque à plumes. Mais la porte était fermée et il ne put l'ouvrir. Il y avait une serrure et il lui en fallait, évidemment, maintenant trouver la clé. Où cela? Il devait donc y avoir une nouvelle piste quelque part. Il chercha dans sa mémoir ce qui, dans la maison, pourrait être en relation avec cette porte. La seule piste qui lui sauta aux yeux était le casque empenné. Il se souvint alors de la collection de statuettes du salon, où il y avait des hommes vêtus selon l'usage de différentes époques de l'histoire et, entr'eux, un chevalier du Moyen Âge en armure et avec casque.

Il remonta quatre à quatre les escaliers et courrut au salon mais il eut beau manipuler et secouer la statuette, il ne trouva aucune indication et elle ne sonnait pas creuse, au cas où elle aurait contenu la clé. Cela devait être une fausse piste, bien trop facile. Il examina d'autres statues, mais toutes étaient solides et n'avaient aucun message à leur base.

Il retourna alors au tunnel et à la fameuse porte qu'il examina de nouveau avec plus d'attention. Bien qu'il avait manipulé le pommeau en tentant de l'ouvrir, il n'en avait pas remarqué les détails, très difficiles à apercevoir en raison de la basse illumination de l'endroit. En le touchant de la pointe d'un doigt et en écarquillant les yeux, il vit qu'il y était gravée une couronne. Une couronne royale. Et dans la chambre à coucher principale, il y avait une photo de Lefranc avec le roi Baudouin: une autre possible coïncidence. Et une piste? Plus calme, il monta à la chambre et, prenant le cadre, le démonta, trouvant une clé entre le carton et la photographie.

Trompel redescendit à la cave cahée et ouvrit la porte sans difficulté. Il se trouva alors dans une petite pièce voûtée, où une lampe néon s'alluma automatiquement lorsqu'il entra. Il n'y avait là qu'une petite table et une chaise; et sur la table un petit ordinateur portable. Il s'approcha et s'assit devant l'ordinateur, qu'il alluma. A ce moment, la porte se ferma avec un coup sec qui le fit sursauter et il faillit renverser la chaise.
- J'espère que Lefranc n'aura construit ce puzzle pour finir par m'enfermer ici jusqu'à ce que je meure de faim -pensa-t'il-. La réponse doit être dans cet ordinateur.

Le système d'exploitation termina de se charger et de lancer une application. La face d'Antoine Lefranc apparut sur l'écran et commença à parler:
- Monsieur Trompel ... si vous êtes bien Joseph Trompel, bien sûr, chose qu'il nous faudra vérifier ... J'Espère que vous ne serez pas fâché parce que j'ai fait fermer la porte. Elle s'ouvrira à nouveau lorsque vous aurez démontré que vous êtes la personne que j'attends. S'il n'en est pas ainsi, vous resterez ici pour toujours, à moins que le vrai Joseph Trompel ne vous libère.

- Je vais vous faire une série de questions. Répondez aussi brièvement que possible. Le programme analisera vos réponses. Quelle fut l'arme du crime contre mon fils?
- Un poignard.
- Cela, l'assassin le savait aussi, ainsi que ceux qui l'on trouvé et, sans doute, ceux qui ont ordonné sa mort. Allons à quelque chose de plus personnel. Comment avez vous su qui l'a tué?
- Par la confession de l'assassin, lorsque j'étais à El Alto.
- Qu'a-t'on trouvé d'inattendu sur le corps de mon fils?
- Un tatouage.
- Qu'est-ce qu'il représentait?
- Un soleil.
- Qu'avait-il d'extraordinaire?
- Personne ne l'avait jamais vu et il semblait frais.

Trompel commeça alors à se souvenir des péripéties de son enquête au sujet de la disparition de Guy Lefranc, qui l'avait mené quelques années plutôt à voyager au Chili et en Bolivie.