08/09/2009

Les yeux d'Horus 9.3.

28 décembre

Le matin suivant, il arrivait à huit heures et demie à la Questura. Cette fois le policier de garde, au vu de sa plaque, fit un appel téléphonique et, quelques minutes plus tard, un civil venait à sa rencontre et le saluait en français.

- Je suis l'inspecteur Bianchi. On m'a dit que vous êtes venu hier, mais je n'étais pas ici l'après-midi et nous ne savions pas très bien ce qui vous amenait. Après six heures est arrivé un avis d'Interpol qui nous a indiqué votre mission. Je vous prie de nous pardonner. Vous avez trouvé un hôtel?
- En effet. J'ai logé au Palazzo Alabardieri, mais il est un peu loin. Tout au moins si l'on considère la lenteur de la circulation.
- Oui, il y a toujours beaucoup de bouchons. C'est un bon hôtel. Si vous voulez, on peut vous installer plus près. A charge d'Interpol, bien sûr.
- D'accord. Je vous en remercie.
- Ainsi, vous avez été présent sur tous les lieux qui sont liés à l'affaire Carmona. Une histoire de rituel égyptien selon vous.
- C'est ce que nous avons pu déduire en associant toutes les données que nous avons obtenues et l'information que nous a donné le professeur Kaminsky, égyptologue de l'université Carolinum de Prague, qui a été à Bruxelles et à Krönfeldt. Ce fut aussi lui qui me conseilla de visiter les musées de Paris, Turin et Milan après le vol et l'assassinat qui ont eu lieu à Bruxelles. Il soupçonnait que des vols auraient aussi lieu dans ces autres musées.
- Mais il n'y eut de vol qu'à Turin, accompagné d'un assassinat, selon ce que je sais.
- Il y a aussi eu un vol à Paris, mais pas dans un musée. Ce fut une pierre avec un symbole égyptien, enlevée des fondations de l'église de Saint-Sulpice. A Milan, il n'y a pas eu de vol, mais il se fait que le conservateur du musée égyptien a aussi voyagé à Osernj où il a rencontré le professeur Kaminsky et fut témoin du cambriolage du palais. C'est lui qui a reconnu les assaillants comme étant des napolitains.
- Cela est en effet ce que nous a communiqué la police tchèque, via Interpol. Mais l'affaire de Paris n'était pas dans le rapport que nous avons reçu.
- Je n'ai pas parlé avec la police française et je l'ai appris par le journal, lorsque j'étais à Paris. Je peux vous fournir une copie de ce qui a été publié. Mais nous pouvons demander à Interpol-Paris de nous envoyer plus d'information. De toutes façons, ils doivent déjà disposer à Paris du résumé général que j'ai fait et qui pourrait les aider, de même qu'à vous. Je peux l'extraire de cette clé USB

Bianchi inséra le petit dispositif USB dans son ordinateur et déchargea les documents, passant à lire le résumé.

- C'est assez clair -dit-il, après un moment-. Il n'y a pas de doute qu'il y a de bons indices pour impliquer uniquement des italiens. Mais il n'y a qu'à Osernj où on a pu relever des empreintes digitales. Nous les avons déjà analysées et il s'agit effectivement de délinquants locaux. Et les empreintes de quatre d'entr'eux étaient aussi dans la maison de Carmona, la victime ici. En ce moment, nous essayons de connaître ses relations. Et de vérifier cette histoire au sujet d' Il Secolo Nosso.
- ¿Vous ne connaissiez pas ce groupe?
- Ce nom apparaît dans nos archives, mais nous ne savions pas qu'il pouvait être actif actuellement.
- Et que savez-vous de ce Giulio Carmona?
- C'est un drôle d'oiseau. Il apparaissait comme homme d'affaires et se comportait comme tel. Mais s'il possédait une entreprise, ce n'était pas en Italie. Son goût pour les antiquités surtout archéologiques était connu, mais rares étaient ceux qui pouvaient voir sa collection. Nous tâchons en ce moment de suivre ses comptes banquaires. Et les connexions entre eux ne semblent pas très saines. Cet homme pourrait avoir été un personnage important de la camorra, mais tout à fait dans l'ombre. Peut-être était-il même le banquier ou le contable de l'un ou l'autre groupe.
- Ce qui pourrait expliquer ses liens avec Il Secolo Nosso, de même que son goût pour l'Egypte pourrait expliquer pourquoi le rituel s'est tenu chez lui.
- C'est, pour le moment, la meilleure explication que nous avons, grâce aux pistes que nous avons reçues après l'attaque d'Osernj. Au fait, c'est vous qui avez découvert ce récit de Wilbur Smith sur le festival d'Osiris?
- Je l'ai transmis à la PJF belge, mais je l'ai reçu du professeur Kaminsky. C'est un expert en religion égyptienne.
- Il nous a fort aidé. Sans lui, nous n'aurions jamais compris ce qui s'est passé à San Rocco. Au début, nous pensions qu'il s'agissait d'un rituel satanique.
- A San Rocco?
- Oh! Via San Rocco est où se trouve la propriété de Carmona, près du parc Capadimonte, au nord-ouest de la ville.
- ¡Pourrais-je visiter cet endroit? Peut-être trouverais-je encore quelque chose qui n'aie pas attiré votre attention du fait de ne pas connaître le contexte.
- Cela me semble indiqué. Nous pouvons y aller de suite, avec mon auto de service.
- Merci. Allons-y alors.

Ils sortirent par une porte de derrière, accédant au parking de la Questura, et Bianchi se mit au volant d'une Fiat sans identification. Une demi-heure plus tard, ils arrivaient à la résidence de Carmona, près du Parco di Capadimonte. Un agent leur ouvrit la grille du petit parc devant la maison. Ils stationnèrent devant la porte et l'inspecteur introduisit le belge dans un luxueux vestibule puis le conduisit vers un bureau-bibliothèque. Un des pans d'étagères était déplacé et laissait voir un escalier de pierre qui descendait au sous-sol. Ils descendirent. Les lumières apparurent automatiquement au fur et à mesure qu'ils avançaient et arrivaient dans une grande gallerie, pleine de vitrines avec des pièces archéologiques et avec les murs couverts d'oeuvres d'art. Au fond, presqu'en face de l'escalier, mais à vingt mètres, on voyait un mur blanc sur lequel était peint un énorme Oeil d'Horus polychromé. A environ deux mètres devant lui, il y avait une table de marbre, sans aucun doute fort ancienne, couverte d'une tache grenate: du sang séché.

- Le corps doit avoir été découpé sur cette table -dit Bianchi-. mais les morceaux n'y étaient pas. Nous les avons trouvés, séparés, dans une espèce d'amphores réparties le long des murs latéraux. Ils ont été transportés au laboratoire technique.
- Je ne sais pas grand chose des coutumes des anciens égyptiens. Il serait bon qu'un expert voie ces amphores et aussi leur place ici: cela pourrait avoir une signification précise. Vous avez ici un égyptologue?
- Nos archéologues locaux sont experts en ruines de Pompeï et Herculanum, pas en Egypte. Il ne peuvent nous aider.
- Ne pourriez-vous pas demander à monsieur Confalonieri qu'il vienne de Milan pour vous donner un coup de main? Il est non seulement expert en Egypte et témoin de l'attaque à Osernj: il sait aussi beaucoup sur les rituels, à ce que je sais. Et, comme je vous l'ai dit, c'est lui qui nous a donné la piste qui pointe vers Il Secolo Nosso.
- En faisant la somme de tout cela, je dois reconnaître qu'il pourrait nous être utile. Mais demain c'est dimanche et mercredi prochain c'est la Nouvelle Année. Je crois que le mieux serait de l'inviter après cette date, si notre directeur est d'accord et s'il est disponible.
- Je crois, en effet, que la date ne nous permet pas d'aller plus vite. Mais si vous pouvez me donner un plan numérique de la salle et une copie des photos des amphores avant qu'elles aient été retirées d'ici, je pourrais les envoyer par courriel au professeur Kaminsky et lui pourrait nous donner son opinion d'ici lundi.
- A peine de retour au bureau, je vous les donnerai ainsi qu'un accès à un ordinateur pour que vous puissiez les envoyer tout de suite. Cela pourrait peut-être rendre innécessaire le déplacement du docteur Confalonieri.
- Et vous avez trouvé la pierre volée à Paris?
- Nous ne savions rien d'elle: vous venez de me l'apprendre, et nous ne l'avons donc pas cherchée.
- Vous n'aviez donc pas lu avant le rapport d'Interpol?
- ¿Oh! Il me semble me rappeler quelque chose de cela. mais je n'ai pas fait la liaison.
- La croix hansée qui est sur cette pierre est le symbole de la vie et peut être très importante pour sacraliser l'endroit où se réalise le festival d'Osiris. Il est donc fort possible qu'ils l'aient volée pour la mettre ici.
- Et où pourrait-elle être?
- Cherchons!

Ils la trouvèrent rapidement, insérée dans la base de la table de marbre.
- La voici! Ainsi donc, c'étaient bien eux qui l'avaient volée. Tout comme l'Oeil d'Horus de Bruxelles. Ces faits sont maintenant bien liés. Il reste à découvrir le Livre des Morts, de Turin. Pour le moment, je ne sais pas assez pour vous aider davantage ici en bas. Vous avez sûrement déjà découvert tout ce qu'une bonne équipe de détectives et de techniciens peut trouver sur la scène d'un crime. Mais j'aimerais examiner la bibliothèque, en haut. Je pourrais y trouver autre chose.
- Allons-y.

Ils montèrent et Trompel se mit à parcourir des yeux le dos de tous les livres, étagère par étagère. Tot à coup, il retira l'un d'eux et le feuilleta. Puis il appela son compagnon:
- Regardez! C'est le livre de Wilbur Smith, en italien. Le passage sur le rituel du festival d'Osiris y est marqué. Et regardez les livres qui sont sur le même rayon: tous sont sur la religion, la mythologie et l'astronomie égyptiennes. Vous n'avez pas trouvé des papyrus quelque part?
- Il y a un grand coffre-fort derrière une autre étagère. Nous l'avons ouverte et, effectivement, il y avait là quelques papyrus, avec d'autres objets et des livres comptables que nous sommes en train d'analyser.
- Le Livre de Morts n'y était pas?
- Non. Il ne semble pas être au nombre des papyrus que nous avons trouvé. Il n'est pas en-bas non plus: là, il n'y avait aucun document.
- Alors les assassins l'ont emporté.
- Quelle est son importance? Pourquoi le leur fallait-il?
- Il contient les formules pour le passage du défunt à la nouvelle vie et sa résurrection. Selon Kaminsky, ils devaient croire qu'au cours de la cérémonie du solstice, cette année-çi étant extraordinaire selon les croyances égyptiennes -qui coïncident en cela avec le calendrier maya- la personne qui jouait le rôle d'Osiris devait ressusciter et être divinisée. Il est possible que Carmona se soit offert lui-même pour être la victime, avec le fol espoir de ressusciter.
- Cela ne m'étonnerait pas. Nous avons plusieurs indices de sa folie.
- Et vous n'avez rien trouvé où soit mentionné l'Oeil d'Horus, à part la peinture sur la mur de la gallerie?
- Maintenant que vous le signalez, je me souviens qu'entre les archives de son ordinateur on a trouvé un documentaire en vidéo avec ce titre. Mais je ne sais pas s'il y a mention dans un autre document. Il faudrait le demander aux experts qui analysent le disque dur.
- Il serait bon de voir cette vidéo et de savoir s'il y a plus.
- Vous avez raison. Il pourrait y avoir là d'autres pistes. Vous voulez voir autre chose ici?
- Laissez-moi voir les dernières étagères. Vous avez déjà exploré le bureau lui-même, n'est-ce pas?
- Bien sûr. Nous avons emporté tous les documents, mais là, il n'y avait rien sur l'Egypte.

01/09/2009

Les yeux d'Horus 9.2.

26 décembre  

Ainsi, le 26 décembre au matin, le détective décida de passer personnellement par le bureau de Servais à la PJF, rue Fritz Toussaint, à Ixelles, au lieu de l'appeler par téléphone. Il y avait beaucoup à dire et il serait plus utile de le faire face à face. Le policier le reçut tout de suite.

- Ainsi donc les crimes t'on suivi durant tout ton voyage -lui dit ce dernier-. Mais pas comme tu pensais.
- En effet. Et il est clair que ce qui les unit, ce n'est pas moi, mais bien le mythe d'Osiris et la légende du solstice d'hiver, qui aurait été très spécial cette année.
- En tous cas, il l'aura été, avec ces tremblements de terre et ces éruptions! Mais, pour nous, le point n'est pas là. J'ai trouvé le livre "Fleuve sacré", que tu m'avais indiqué, et j'ai lu avec horreur le récit du festival d'Osiris. Je crains que c'est quelque chose de ce genre qu'ils réalisèrent à Naples. J'ai déjà envoyé une copie à la police locale, au travers d'Interpol. Je leur ai aussi signalé que les personnes attaquées à Osernj suspectaient fortement l'intervention de la maffia napolitaine. Mais il m'ont répondu que la "camorra" napolitaine avait été éliminée en 1922 par le gouvernement fasciste de Mussolini. Cependant, des bandes semblables à la Camorra ont continué à opérer, bien que depuis 1984 les confessions de plusieurs chefs camorristes ont permis de désarticuler une grande partie de l'infrastructure qu'ils avaient reconstruite au cours des années soixante1. Il pourrait donc subsister quelques petits groupes, qui sont difficiles à découvrir et à éliminer. Ils dirent qu'ils n'ont pas de références d' "Il Secolo Nosso", mais il est possible qu'ils trouvent des pistes chez Giulio Carmona, le coleccionniste assassiné. Ils croient que cette personne n'était pas très "propre" et investiguaient ses relations depuis quelque temps. Il pourrait y avoir du nouveau de ce côté. A part cela, toutes les recherches sur les cas que tu connais -Bruxelles, Paris, Turin, Naples et Osernj- sont maintenant coordonnées par le bureau d'Interpol en Italie. Cela ne me plait pas beaucoup. La police italienne a été infiltrée par la maffia depuis toujours et de nombreux juges ont perdu la vie quand ils ont trop progressé. Pourvu que le pouvoir d' "Il Secolo" n'arrive pas à tant que cela et qu'ils trouvent les coupables.
- Au moins six d'entr'eux ont déjà trouvé leur châtiment à Osernj.
- C'est vrai. Mais quel est le cerveau qui les contrôlait? C'est celui-là qu'il faut découvrir!
- Ce doit être quelqu'un qui a assez de pouvoir -visible ou dans l'ombre- et qui a une grande admiration pour l'Ancienne Egypte, comme Giulio Carmona.
- Ou un égyptologue ou un conservateur de musée, comme celui de Milan, qui a disparu.
- Tu ne peux pas douter de lui. Il a assisté au congrès qui eut lieu ici, avec Kaminsky, Robertson et bien des autres. Et il est allé ensuite à Osernj, où il a échappé de justesse à la mort.
- Et tu crois que parce qu'il était là-bas il est hors de soupçons?
- Kaminsky m'a dit qu'ils ont réalisé une cérémonie traditionnelle, mais qui n'avait rien à voir avec le récit de Wilbur Smith. Et le duc lui a assuré que ce récit n'a aucun fondement -à part le mythe- et tous les égyptologues présents pensaient de même. Le responsable des crimes doit avoir participé à la cérémonie qu'ils ont réalisée chez Carmona. Ce ne doit pas être un bon égyptologue s'il a suivi un rituel qui n'est pas légitime. Quelqu'un l'a trompé en le lui donnant et il ne s'en est rendu compte que trop tard. Parce qu'il espérait obtenir quelque chose et ne l'a pas eu. C'est pourquoi il a tenté d'obtenir plus d'information à Osernj, et il y a aussi raté son coup.
- Tu dois avoir raison. J'essayerai de convaincre les italiens: tu leur donnes maintenant une piste de plus.
- A propos de leur donner des pistes: je ne pourrais pas aller là-bas et travailler avec eux? J'ai été dans tous les endroits où quelque chose s'est passé, sauf à Naples. Cela pourrait être utile. Plus encore grâce à mon contact avec Kaminsky et, à travers lui, avec le duc d'Osernj.
- Hum... je ne sais pas s'ils accepteront la collaboration d'un détective privé. Tu sais que la police est jalouse. Et pour ce qui d'Osernj, cela passe par la police tchèque.
- Mais les tchèques n'étaient pas là quand cela s'est passé. La seule différence, c'est qu'eux ont quatre cadavres.
- Et les enregistrements de vidéo. Et accès direct au duc.
- D'accord. Et moi, je n'ai pas été dans le palais. Mais le duc n'était pas là non plus quand c'est arrivé. Pourquoi ne me réintègres-tu pas dans la force seulement pour ce cas? Il y a quelque chose qui l'empêche?
- Non, cela est possible. On pourrait t'envoyer comme spécialiste. Je devrai consulter le grand chef.
- J'ai toujours eu une bonne relation avec lui. Il m'a dit qu'il le regrettait beaucoup quand je suis parti.
- En effet. Je crois que tu lui plaisais. Le fait que tu aie suivi de très presque tous les cas qui nous occupent pourrait aussi aider à le convaincre. Je lui parlerai cet après-midi.
- D'accord. Je serai à mon bureau. Salut!
- Je te tiendrai au courant. Bye!

Au milieu de l'après-midi, Trompel recevait le coup de fil de Servais.
- Le directeur est d'accord pour te réincorporer le temps que dure cette affaire et t'envoyer à Naples. Il a trouvé que c'était une bonne idée pour pressionner un peu les italiens et assurer leur probité, au cas où la maffia se serait infiltrée. Il demandera de plus ta reconnaissance par Interpol comme chargé des relations internationales de ce cas, sur la base de tes voyages et présence sur les lieux depuis le début ici. Ainsi les italiens seront obligés de collaborer.
- C'est une bonne nouvelle. Je t'en remercie, surtout au nom de professeur Kaminsky et de ses amis d'Osernj. Quand puis-je partir?
- Il y a un vol d'Alitalia pour Naples qui part demain à onze heures dix de Zaventem. Je vais t'envoyer ton code de réservation pour retirer ton billet à l'aéroport. Et aujourd'hui, avant six heures, un commis t'apportera ta plaque de la PJF à ton bureau. Tu n'auras de comptes à rendre qu'à moi. Et ton contact là-bas sera l'inspecteur Andrea Bianchi.
- Parfait. Alors, je te contacterai de Naple..
- D'accord. Bon voyage!

27 décembre  

Le lendemain à onze heures dix, l'avion d'Alitalia avec Trompel à bord décollait de Bruxelles vers l'Italie. Dans l'avion, on lui servit un sandwich et une boisson fraîche pour tout déjeûner. Il devait changer d'avion à Rome, avec une demi-heure d'attente. Après quatre heures de voyage, il arrivait à Naples. Avant d'aterrir, il put voir par la lucarne de l'avion la grande colonne de fumée qui s'élevait du cratère du Vésuve. Comme beaucoup de volcans de la planète, il était entré en activité le 21 décembre.

Personne ne l'attendait à l'aéroport. Il prit un taxi et se fit conduire à l'adresse de la police, la Questura di Napoli, qui est à la Via Medina. A la réception, il demanda à parler à l'inspecteur Andrea Bianchi. Le garde lui répondit qu'il n'était pas là. Trompel montra la plaque de la PJF belge et demanda quand il reviendrait. Le policier, avec mauvaise mine, lui répondit qu'il ne savait pas. Qu'il pouvait attendre ou bien revenir le lendemain. Le belge s'assit pour attendre et se mit à lire un journal qu'il avait pris à l'aéroport en sortant de Bruxelles. Au bout d'une heure, il en eut assez et dit au garde qu'il reviendrait le lendemain matin et lui demanda d'avertir Bianchi qu'il venait en mission d'Interpol. Il sortit et, comme il ne connaissait pas Naples, il prit de nouveau un taxi pour aller cette fois à l'hôtel Palazzo Alabardieri, à la Via du même nom. Il l'avait trouvé la veille par Internet. Il put constater que l'hôtel n'était pas très près: il mit plus de quarante minutes, mais il y avait beaucoup de circulation et le taxi avançait lentement. C'était un hôtel assez neuf et d'un prix abordable malgré son nom de «palais». Mais c'est la police italienne qui aurait dû lui offrir un logement.

Il s'enregistra à la réception, plaça ses bagages dans la chambre et descendit ensuite pour sortir faire une promenade et se familiariser avec les alentours. Avant de sortir, il demanda une carte de la ville. Il put ainsi constater que le nombril de Naples est son centre historique, d'origine gréco-romaine. Il se promena dans les ruelles avec de nombreux ateliers d'artisans et découvrit les fameuses librairies de Part'Alba et les cafés de la piazza Bellini. Il en profita pour y boire un bon capuccino et de manger quelque chose avant de rentrer à l'hôtel pour passer la nuit.